Keio Line

Richard Pinhas & Merzbow

Cuneiform Records  |  2008
8 / 10
par Julien  |  le 25 août 2009

Merzbow et Pinhas enregistrant ensemble. On pourrait en rêver. Il y aurait même de quoi fantasmer cette rencontre toute sa vie si seulement elle n'avait pas déjà eu lieu, à l'occasion de ce double album enregistré en 2008.

Pour ceux un peu moins au fait de la musique expérimentale, rappelons tout de même les forces en présence. D'un côté Richard Pinhas, pionnier de la musique électronique et guitariste émérite, une sorte de Robert Fripp hexagonal adulé depuis les années 70 pour sa poésie avant-gardiste et son activisme intellectuel. De l'autre le Japonais, gourou incontestable de toutes les musiques bruitistes, icône underground et terroriste sonore partout dans le monde depuis trente ans.

Il n'est à vrai dire pas si étonnant que ces deux-là aient été amenés à travailler ensemble, mais il est toujours émouvant de voir deux destins si forts se lier le temps d'une collaboration, au même titre que deux "franchise player" pour un All Star Game de NBA.  L'excitation d'écouter un projet si luxueux cède en effet vite le pas à un grand soupir de soulagement. On sait d'emblée que cette rencontre n'aura pas été infructueuse. Tout semble aller de soi : la guitare et les claviers du Français ne sont que plus beaux au contact des drones et parasites de Merzbow. Ce dernier, d'ailleurs, n'aura d'ailleurs jamais paru aussi apaisé et pertinent. On n'aurait pas imaginé dire ça, mais Keio Line est confortable. Bien qu'on reconnaisse à chaque fois la signature des deux acteurs, leur apport respectif est toujours pondéré et juste. Nulle démonstration, aucune lutte de pouvoir, ils semblent s'enfoncer main dans la main dans des compositions-fleuves (entre 8 et 26 minutes) qui s'avèrent toutes très belles et narratives.

On pense assez régulièrement au Fantasma d'Aidan Baker et Tim Hecker. Je ne saurais pas choisir facilement entre les deux. Mais s'il me fallait absolument délibérer, mon dévolu se porterait sur ce Keio Line, pour le bout d'histoire qu'il représente et la folle intensité qu'il maintient pendant près de deux heures. De la grande musique, donc, épuisante à force de nous émouvoir.