A Million Horses

Agnès presents Cavalier

Drumpoet Community  |  2011
note : 8
8 / 10
par Simon  |  le 3 janvier 2012

Si on connaît Agnès pour son travail sur des labels comme Plak ou Resopal, on connait bien moins Cavalier, son alter ego strictement house. Quoique cette fois, l’attention ne vient pas nécessairement du producteur mais plutôt du label qui a choisi de l’héberger. Drumpoet Community peut clairement faire figure de tête de gondole en ce qui concerne la scène électronique helvète : avec en son sein des mecs aussi talentueux et recommandables que Quarion – dont vous pouvez toujours déguster le très bon podcasts qu’il nous avait réservé – Soultourist, Crowdpleaser et des participations de Dixon, le label est une référence en matière de deep-house soyeuse. En lançant A Million Horses, on savait donc plus ou moins à quoi s’en tenir. Et pourtant ce LP est intriguant à de nombreux égards.

Tout d’abord Cavalier fait ici le choix d’une deep-house qui ne se complaît pas dans des tonnes et des tonnes de claviers sirupeux. Son ossature est solide et ses grooves insistants, francs du collier. Bref ce disque lorgne très fort du côté de la house américaine, conserve une sobriété sans trop se perdre du côté de la rêverie à tout prix. A partir de ce constat, les claviers deep lâchés avec la plus grande parcimonie frappent toujours au bon endroit, ne sont jamais de trop dans la progression globale du titre. Bref, c’est fait intelligemment : ça te casse les reins sans jamais oublier de faire voyager la tête.

Deuxièmement, Cavalier a tenu à donner à son public un vrai album de musique électronique, pas une simple collection de maxis. Dix-neuf titres d’une durée variable, une variation permanente des hauteurs et des angles d’attaque, qui donnent à ce A Million Horses une dynamique assez singulière, et durable au fil des écoutes. Vous nous direz, et vous aurez raison, qu’on ramasse le retour de bâton au niveau de la longueur du disque. Ce n’est pas faux, tant il est difficile de s’enfiler ces quatre-vingt minutes de house sans sourciller. Mais on tient quand même à préciser que jamais la qualité de composition ni la tension toute chaleureuse de ces titres ne faiblit. Et c’est bien là le seul défaut de A Million Horses (si cela en est vraiment un), car ce disque, retourné dans tous les sens après des dizaines d’écoutes, conserve une force et une justesse assez phénoménales. Alors que les chroniqueurs de tous bords ont cherché inlassablement le disque deep-house de l’année (Moomin, Prommer & Barck, Dixon, Roman Flügel,…), peut-être que la réponse se trouvait finalement dans cette plaque injustement passé sous silence...