Carl

cuisiné par Nicolas le 7 octobre 2009 | publié le 10 décembre 2009

Au rayon belge, le disque du moment n’est autre que celui de Carl. Découvert voici près de deux ans, par le biais du concours Musique à la française, le jeune Bruxellois frappe fort et surtout se montre passionnant tout au long de son premier effort, Où Poser Des Yeux ?. Nous avons donc pris la peine de rencontrer Carl afin qu’il en dise davantage sur un disque qui risque de nous accompagné un bon moment.

Goûte Mes Disques : Jusqu’à présent, tu étais plutôt dans le milieu de l’édition et de la bande dessinée. Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans la musique ?

Carl : Le point commun entre les deux, c’est l’envie de raconter des histoires. Cela se rejoint. Je me suis mis à la musique via Noza qui a produit le premier album de Veence Hanao, a travaillé avec Baloji, a ses projets Autumn/Festen. Il m’a poussé à me lancer là-dedans, à raconter mes propres histoires que lui a mises en musique. Après coup, j’ai fait d’autres rencontres : Z et Emmanuel Coenen que j’ai rencontré au Massif Festival voici deux ans. Il travaille à la MJ et il m’a proposé de nous accompagner sur scène. Pour finir, il a composé les morceaux et est devenu une personne ultra-importante dans le projet. Il a apporté beaucoup de choses musicales en plus. Ce sont ces trois personnes là qui m’ont véritablement encadré.

Goûte Mes Disques : Justement, quel est le point de départ du projet ? J’ai entendu dire que tu voulais au départ raconter une seule et longue histoire.

Carl : Cela a commencé avec Noza. J’avais donc dans l’idée de raconter une longue histoire que Noza mettrait en musique. Je voulais réaliser une histoire continue en plusieurs pièces. Ce qui, en fin de compte, ne s’est pas fait. En fait, j’avais terminé un livre, une sorte de bande-dessinée, j’aurais voulu que ce soit un peu la continuité. Et aussi coupler cette histoire avec un livre. Mais Noza a apporté beaucoup de choses différentes. Du coup, on est parti sur toute une série de petites chansons, d’histoires. Et Z est venu m’accompagner sur certains morceaux, a composé et a chanté aussi. Et Emmanuel Coenen nous accompagne sur scène, il apporte plein de choses sur les morceaux de Noza et de nouvelles compositions. Il a vraiment enrichi le projet.

Goûte Mes Disques : Tu as gagné le concours Musique à la française, organisé par le Conseil de la Musique. Est-ce que ce fut un élément déterminant dans le parcours de Carl ?

Carl : On est tombé dans le concours Musique à la française comme un cheveu dans la soupe. C’était assez neuf ce travail avec Emmanuel Coenen et Cédric Manche à la trompette. On a participé à ce truc un peu par hasard après avoir envoyé des démos à droite, à gauche. Suite à ce concours, le lendemain même, Christophe du label Humpty Dumpty m’a contacté pour sortir le disque. C’est un chouette aboutissement. Surtout qu’à côté, je suis dans l’édition indépendante, plutôt alternative voire confidentielle, sur le collectif Nos Restes qui ne bénéficie pas d’une grosse diffusion. Moi évidemment, c’est dans ce genre de structure que j’avais envie de me retrouver. Ce concours a permis de voir aboutir le disque et sa sortie. Avant le concours, Noza avait déjà composé une grande partie des morceaux qui sont sur l’album et qu’on a joués de nombreuses fois en concert. Et puis, Manu est venu avec des compositions, peut-être les plus récentes. Ce sont tous des morceaux qui s’étalent sur une très longue période mais je pense que c’est le cas de beaucoup de formations débutantes. Avec le recul, je trouve cela enrichissant de voir comment les morceaux vieillissent. Même si au bout d’un moment, on ne peut plus écouter ce qu’on fait.

Goûte Mes Disques : Si Carl se joue des frontières et des genres, il oscille notamment entre chanson française, slam et hip-hop. De quel genre, te sens-tu le plus proche ?

Carl : J’ai envie de raconter des histoires mais je n’ai vraiment pas envie de mettre de noms, d’étiquettes,… Les influences extérieures sont multiples, c’est autant un bouquin qu’un film que tu regardes. Les histoires se racontent dans chaque courant musical. Au concours Musique à la française, il y a des catégories. C’est le truc qui fait un peu peur quand tu apprends que tu es sélectionné. Il y a tellement de choses hybrides qui se font aujourd’hui qu’il ne faut pas cloisonner les genres. Si je devais me mettre quelque part, je n’en sais rien.

Goûte Mes Disques : Et Diabologum, qu’est-ce que cela t’évoque ?

Carl : Je connais très peu Diabologum, je connais davantage Programme. En même temps, ce n’est pas quelque chose que j’ai écouté assidument même si j’ai un album chez moi. Je ne pense pas être aussi revendicatif dans un sens premier. Après, le fait même de raconter des histoires fait que l’on va dans certains endroits qui peuvent retourner des choses dans les gens mais ce n’est pas une volonté de lever le poing. C’est l’envie de raconter des histoires et d’aller jusqu’au bout sans avoir de limites.

Goûte Mes Disques : Sur scène, j’ai justement l’impression que tu te donnes à fond, que tu n’hésites pas à descendre dans le public. Ici aussi, tu vas jusqu’au bout ?

Carl : Je trouve ça très amusant. Il y a trop peu de concerts où l’on se sent bousculé. L’envie que le gars qui regarde un concert se dise tout d’un coup « oh, merde il se trouve à côté de moi ». J’aime qu’il y ait un contact, mélanger scène et public. C’est tellement bizarre d’être surélevé pour raconter des histoires au-dessus des autres comme si elles étaient absolues. A partir du moment où tu fais des morceaux chez un ami et qu’après tu dois les jouer en public, tu y réfléchis et tu vois comment tu pourrais l’exprimer. Soit tu le fais de tout ton cœur soit tu ne le fais pas. C’est l’envie de raconter des histoires de la manière la plus intense possible.

Goûte Mes Disques : Avec le temps, est-ce que ton projet solo n’est pas en train de devenir un véritable groupe ?

Carl : On a déjà une série de nouveaux morceaux, avec Noza d’un côté et Emmanuel Coenen de l’autre. Pour le moment, cela reste séparé car on n’est qu’au début. Donc on a composé trois morceaux avec Emmanuel Coenen, Cédric Manche et Pascal Mattet qui sont sur scène en ce moment. C’était la première fois qu’on faisait un travail comme ça tous les quatre et trois sont nés de deux jours de travail. C’est chouette de se dire qu’on pouvait composer ensemble alors qu’à la base c’était des musiciens additionnels. Là, ce sont des gens qui ont vraiment participé à la composition.

Goûte Mes Disques : Dès lors, le nom de Carl n’a plus beaucoup de sens.

Carl : Le nom n’a plus du tout de sens. D’ailleurs, il n’en a plus à partir du moment où je ne suis pas seul sur scène. Le problème, c’est de changer de nom en cours de route. Le prochain projet ne s’appellera pas Carl à mon avis. J’ai envie de trouver quelque chose qui correspond à des gens qui travaillent ensemble. Au tout début, Noza travaillait avec moi, on était deux pour le premier concert mais lui n’était pas sur scène. On ne s’est donc pas posé la question.

Goûte Mes Disques : Pour la suite, est-ce que l’expérience du livre-disque ne te tenterait pas ? Cela te permettrait de faire un lien entre tes deux passions.

Carl : Bien sûr, c’est le genre d’expérience qui me tenterait beaucoup. Il y a des tas de façon de raconter des histoires. J’ai déjà des idées pour la suite, tant au niveau des textes que musicalement. Il ne faut pas que le projet reste figé. Pour le moment, on a enregistré une partie chez Noza, l’autre chez Emmanuel Coenen.

http://www.myspace.com/carlclebard