BRNS

cuisiné par Jeff le 5 octobre 2017 | publié le 5 octobre 2017

Ce vendredi 5 octobre, BRNS voit enfin le bout du tunnel. D'abord parce qu'après de nombreux mois d'écriture, d'enregistrement et de rodage en live (et après un départ, aussi), le second album des Bruxellois, Sugar High, va enfin atterrir dans les bacs. Ensuite parce que cette sortie de tunnel, c'est littéralement l'occasion de retrouver une lumière qui, à nos yeux, manquait cruellement sur Patine, album sombre qui croulait trop souvent sous le poids de ses ambitions "art rock". Enfin libéré d'un poids qu'il s'imposait peut-être inutilement, le groupe revient à son meilleur niveau, c'est-à-dire capable d'exceller dans des structures complexes tout en visant un cœur de cible résolument pop.

Tout cela valait bien un petit entretien au Sun Café avec le groupe au grand complet (cela inclut donc la petite dernière, Lucie), improbable troquet albanais de Laeken où le boss de GMD et le manager de BRNS ont leurs habitudes, et accessoirement situé à quelques centaines de mètres à peine de l'endroit où le disque a été produit et mixé. 

Dans quel état d’esprit avez-vous enregistré le disque ?

Tim : Il n’y avait pas de contexte spécial, sauf que cette fois, on voulait une collaboration totale avec un producteur/ingé son. Un vrai travail cohérent. On a donc bossé avec Tommdy Desmedt.

Antoine : Sur la fin de la tournée de Patine en 2015, on s’est vus pour envisager les façons de bosser sur le prochain. Début 2016, on était déjà au Beurschouwburg et deux mois plus tard on avait bouclé pas mal de choses. C’était avec César. Trois mois plus tard, on a enregistré une nouvelle salve de titres et il était toujours là. C’est au terme d’une série de dates en Suisse avec un groupe très mauvais qu’on ne citera pas qu’il a annoncé son départ. Le groupe entrait dans une période de flou, on ne savait pas trop quand ou comment le disque allait sortir et ça le saoulait bien. Le groupe avait grossi, et il était sous le coup d’une force d’inertie un peu chiante. Il a préféré lâcher l’affaire à un moment où on aurait du temps pour se retourner.

Quand on écoute l’EP sorti il y a quelques mois et le nouvel album, on se dit parfois que ce départ est un cadeau tombé du ciel. Toutes ces voix féminines apportent de la lumière à un projet qui en manquait parfois un peu. Est-ce que ça participe d’une dynamique visant à revoir la manière dont fonctionne et écrit le groupe ?

Antoine : Bien sûr. On avait le temps de faire les choses bien. Patine a été composé, enregistré, mixé et promotionné alors qu’on tournait sans cesse. Dans ce contexte, c’était difficile de révolutionner notre manière de travailler. On n’était pas allé au bout des choses sur le premier album. Cette fois, on a eu le temps de vraiment réfléchir – et l’ajout de voix féminines entrait dans cette dynamique. Par le passé, on était parfois un peu dans du « less is more » alors que cette fois-ci, on a pris ce qu’on avait sous la main sans penser aux contraintes que cela pourrait représenter.

Plus de temps, ça permet d’avoir les idées plus claires, de savoir exactement vers quoi on va. Et vers quoi vouliez-vous aller, justement ?

Antoine : Patine, c’est est un disque qui a été enregistré dans un laps de temps très court et avec beaucoup d’instruments très semblables sur toutes les chansons. Il est très linéaire. Ici, on a voulu davantage assumer, moins se cacher derrière de la reverb par exemple. On a bossé sur des morceaux très courts, ce qu’on n’avait jamais fait auparavant. On ne s’est pas forcé à être sur quelque chose de forcément sombre ou poétique. Globalement, on est moins passé par des moments difficiles, à se retrouver avec des titres que l’on arrivait pas à boucler ou qu’on trouvait à chier.

Diego : On s’est quand même retrouvé dans quelques impasses, des moments où il a fallu lutter. Mais on n’avait pas d’idées préconçues en termes de composition. On a avancé petit à petit, en mode « trial and error ». Mais quand on est arrivé aux portes du studio, à quelques exceptions près, on était prêts, avec une idée assez précise de ce que l’on voulait. Ce qui a vraiment changé, c’est que cette fois-ci, on s’est laissé une partie de liberté, et là le rôle du producteur a été important. On se sentait à l’aise avec Tommy, on lui faisait confiance, et il a pu proposer des trucs qui ne nous correspondaient pas forcément, mais qui s’intégraient bien à l’album. De base, on est un peu psychorigides, mais en prenant le temps de faire les choses, on a pu s’ouvrir de nouveaux horizons.

Antoine : Au début, on se mettait beaucoup de garde-fous, de peur que les choses nous échappent. Mais en lâchant du lest, en faisant confiance à un producteur qui nous connaît bien, ça a donné de chouettes surprises.

Avec Patine, on avait parfois du mal à catégoriser le groupe. Ici, les influences semblent beaucoup plus audibles. On entend du Dan Deacon, du Animal Collective ou du Flaming Lips. Est-ce que BRNS ressemble moins à BRNS et plus à d’autres choses en 2017 ? 

Diego : C’est vrai. À certains moments, on a peut-être moins cherché la complication, notamment quand on se retrouvait sur des morceaux courts et des structures simples, qui fonctionnaient dans ce format-là. Et on ne s’est pas contraints à modifier telle ou telle chose juste parce que ça ressemblait à un groupe qu’on connaissait ou aimait. Tu cites Dan Deacon et Animal Collective, et maintenant que tu m’en parles, je peux voir le rapprochement même si ce ne sont pas des choses qu’on a écoutées pendant l’écriture et l’enregistrement. Je n’entends pas spécialement ça quand j’écoute, mais je peux comprendre qu’on fasse ce genre de rapprochement.

Antoine : Avant, quand un riff nous faisait penser à quelque chose, on faisait autre chose. Ici, par moments, on voyait tout de suite des rapprochements avec d’autres artistes, mais on s’en cognait. Avant on voulait se prouver qu’on était capables de faire quelque chose d’original, d’être dans notre bulle. À l’époque du premier EP, on nous comparait à WU LYF mais ça nous énervait, on ne comprenait pas du tout, d’autant plus qu’on n’avait pas ou peu écouté ce groupe. Donc c’est vrai que par le passé on a brouillé les pistes, mais cette fois on n’en a pas ressenti le besoin.

Est-ce qu’au final, la complexité affichée et revendiquée sur le premier album ne vous aurait pas un peu desservis ? 

Tim : On n’a jamais cherché à compliquer des morceaux juste pour le plaisir de la complication. On a toujours eu l’ambition de faire de la pop. Le côté « musique à tiroirs », c’est parce qu’on a envie d’exploiter plusieurs idées dans un seul et même morceau. Sur Patine, c’était peut-être maladroit par moments, mais on ne l’a jamais fait par envie.

Diego : Sur Patine, on a voulu faire un truc cohérent, peut-être trop homogène. Sugar High est beaucoup éclaté, façon patchwork.

Patine est pour moi, disque « anti Mexico », un disque qui renonçait à ses ambitions pop, voulait à tout prix aller vers quelque chose d’exigeant, alors qu’on n’entend pas du tout ça sur Sugar High.

Antoine : En réécoutant Patine, on a remarqué que le disque était beaucoup trop lent. C’est un disque extrêmement froid, qui avance comme un gros paquebot, c’est parfois laborieux. L’énergie du disque n’est pas agréable, il ne vit pas. Si on avait enregistré les mêmes morceaux avec une production différente, à un rythme différent, ça aurait été une autre histoire. Mais à l’époque on avait le nez dans le guidon, et ça, on l’a compris six mois après la sortie du disque. On a manqué de temps à l’époque. C’est difficile de retranscrire l’énergie du live sur un disque mais ça a été le challenge avec Sugar High : produire un disque plus chaleureux.

Diego : Mexico était un « accident heureux ». C’est Studio Brussel qui a décidé que ce titre allait être le single, c’est eux qui ont commencé à le diffuser. Avec le recul ça nous semble évident mais sur le moment, on ne voyait pas le potentiel du titre. Du coup, pour essayer d’affirmer une identité, on a creusé ce sillon noir et monolithique, peut-être trop midtempo. Mais je suis convaincu que les compositions étaient bonnes, c’est peut-être la production et le mixage qui posaient problème.

En 2017, c’est quoi être un groupe de rock belge, surtout quand on voit l’omniprésence du rap belge, qui occupe un terrain médiatique qui n’est malheureusement pas illimité ? 

Antoine : Cet été, on a fait un week-end de l’enfer avec notamment une date aux Ardentes où on jouait en même temps que Damso. Je pense qu’on ne doit pas te faire de dessin…  À l’époque, on était encore en rodage avec les nouvelles compositions donc ce n’était pas facile à vivre. Tu vois des gens qui passent, qui n’en ont rien à foutre et au fond de toi, tu te dis que tu es cramé. C’est vrai que c’est violent, c’est vrai que c’est chiant, mais ce qui nous sauvera, c’est le live. Parce qu’à l’inverse, à chaque fois qu’on joue à Dour par exemple, on se retrouve devant un chapiteau blindé et ça nous fait forcément plaisir. On sort le nouveau disque en sachant que les médias sont sursaturés de hip hop, qu’on joue face à des poids lourds médiatiques comme Damso ou Roméo Elvis, mais c’est comme ça.

Lucie : Nous on se préoccupe surtout de faire un truc qui nous plait, et on accepte la situation. Sinon on peut toujours faire les petites putes et virer electro !

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