Amenra

cuisiné par Alex le 18 septembre 2017 | publié le 10 octobre 2017

Fers de lance d'une scène metal belge dont ils sont parmi les représentants les plus respectés à l'étranger, Amenra n'en reste pas moins un groupe mystique, à l'aura indéniable et dont les moindres apparitions et projets attisent la fascination d'une fan base fidèle depuis bientôt deux décennies. A l'aube de la sortie de MASS VI, un sixième album relativement unique dans la discographie du groupe, nous avons voulu en savoir plus sur le processus de composition de cette nouvelle offrande, plus variée mais tellement reconnaissable, pleine de contrastes mais toujours aussi hypnotique et intense. Et même au bout d'une journée marathon promo avec les médias des deux côtés de la frontière linguistique, c'est un Colin H. van Eeckhout, souriant et de bonne humeur qui nous reçoit dans un salon cosy de l'AB Café.

Comment s’est passé cet été pour Amenra ?  Vous avez fait quelques festivals eu Europe mais surtout une tournée aux Etats-Unis avec Converge et Neurosis...

Les USA, c’était vraiment fantastique. C’est un moment qui restera gravé dans l’histoire de notre groupe.  Ca faisait 6 ans qu’on avait plus joué là-bas et on pensait ne plus jamais pouvoir y retourner à cause des embrouilles durant notre dernier passage (ndlr : des problèmes de visa). C’était un sentiment vraiment fort  de pouvoir jouer avec nos amis de Converge et Neurosis, qui nous ont directement pris sous leur aile. C’était d’ailleurs nécessaire d’avoir leur aide logistiquement parlant. Sans cela, c’est trop compliqué pour un groupe comme nous. Le fait de pouvoir jouer dans des grandes salles en full configuration live, ce qu’on n’avait pas eu la chance de faire durant notre dernier passage, c’était vraiment cool. Les échos sur notre prestation étaient très bons et on sentait que les gens étaient heureux de nous revoir. On a aussi eu l’occasion d’organiser une listening party du nouvel album à Brooklyn, ce qui est un peu étrange pour moi car Amenra n’est pas vraiment le genre de musique que tu vas écouter dans un café avec des amis. Mais le fait que les gens se déplacent pour nous, dans une grande ville comme New York, pour écouter notre musique, forcément cela fait chaud au coeur.

Parlons-en justement de ce nouvel album. Comment avez-vous abordé l’écriture de ce MASS VI ?

Ce sont généralement les évènements de notre vie qui nous donnent une direction. Pour cet album, c’est par exemple la mort de la mère de notre batteur qui m’a donné une direction textuelle. C’est une sorte d’ode à cette personne, à la figure de la mère. Chacun de nous rencontre des évènements dans sa vie, des moments où il arrive parfois que l’on se perde, et tout ça nous pousse à écrire. Au niveau de la composition, c’est surtout le premier disque où l’on s’est clairement dit que l’on se débarrassait de toutes contraintes au niveau du live. On a sorti 5 albums et à chaque fois, on réfléchissait d’abord au rendu sur scène, comment on allait faire pour jouer tel passage, en se disant que c’était impossible d’incorporer du chant clair, pour plusieurs raisons pratiques. Cette fois-ci, on a voulu se concentrer sur l’essence des morceaux et de ce que l’on pouvait vraiment amener en plus à notre musique. On a décidé de dire adieu à notre ancienne approche. Ecrire des morceaux sans contraintes, avec plus de lignes de guitares, une combinaison de plusieurs types de chant…C’était intéressant de pouvoir créer de cette manière. Avoir un registre un peu plus large, c’est ce que nous avons essayé de faire et c’est la différence principale qui s’entend sur cet album.

Un des morceaux de l’album, « Plus près de toi » que tu chantes en français d’ailleurs, symbolise bien cette approche…

J’aime beaucoup ce morceau. On en avait écrit une première version pour un court-métrage et on avait trouvé qu’elle était assez bonne. Notre bassiste Levy l’avait ensuite retravaillée et c’était très intéressant pour moi de pouvoir écrire et chanter en français. Je suis néerlandophone et j’essaye de lire beaucoup en anglais mais mon vocabulaire est parfois limité. On aborde souvent les mêmes sujets et je finis parfois par en revenir aux mêmes mots. Pour moi, le fait de pouvoir utiliser le français m’apporte une dimension plus poétique car ce n’est pas ma langue maternelle. J’ai beaucoup aimé jouer avec les mots sur ce morceau. Ca m’a donné une nouvelle énergie.

D’où les interludes en néerlandais sur l’album ? C’est en quelque sorte une manière de parler de votre héritage culturel ?

Tout à fait. C’est quelque chose qui est également lié à notre identité belge. Le langage nous appartient à tous finalement. On documente notre histoire à notre façon. Par exemple, je n’ai jamais été au catéchisme à l’école mais je m’y suis toujours intéressé. Le rituel du baptême, ça m’inspire. Le chant chrétien traditionnel m’a également donné une sorte d’élan. J’essaye de raconter la même histoire mais avec une approche linguistique différente.

J’ai aussi l’impression que votre période acoustique et ton projet solo (CHVE) t’ont permis d’être beaucoup plus à l’aise au chant clair. Tu avais aussi décris cela comme une manière de te rendre vulnérable. C’est un sentiment que vous souhaitiez renouveler musicalement sur ce nouvel album ? On sent que l’atmosphère générale du disque est beaucoup plus lumineuse.

C’est une convergence des deux mondes, oui. On sait que l’on a vraiment une identité acoustique en plus de notre identité électrique et c’est une évolution naturelle. Mais le fait d’avoir eu ces expériences en solo m’a aidé. Pour chanter clair, il faut avoir les couilles, et cela me manquait. Cela me manque encore parfois. C’est sur que je me sens plus confiant par rapport au chant clair maintenant. Je sais que je peux le reproduire en studio ou sur un set acoustique, même si je doute encore pouvoir le faire en live avec un set électrique d’Amenra. On verra bien comment ça se passera.

Tu penses que tous les groupes et projets parallèles dans lesquels vous êtes impliqués influencent votre processus de composition ?

Jusqu’il y a 3 ou 4 ans, c’était très simple : Amenra était la priorité sur tout. En devenant plus adulte, on s’est laissé plus d’espace et on a décidé d’adopter une approche plus humaine. On essaye que chaque groupe puisse avoir son moment et que l’on puisse tous écrire dans notre propre bulle. On a tellement d’idées qu’on laisse chacun décider de ce qu’il veut en faire par après. On sait que la musique d’Amenra n’évoluera pas vers quelque chose de shoegaze ou black metal juste parce que certains d’entre nous en jouent déjà en dehors du groupe...

Vous arrivez à bien faire la part des choses donc…

On essaye ! Chacun de ces groupes grandit de plus en plus et cela devient parfois compliqué de gérer tous les agendas. Mais je suis très content que l’on ait autant de projets parallèles. On aime entretenir cela en essayant de mettre la barre très haut à chaque fois. Je suis d’ailleurs très fan de ce que font les autres de leur côté. On a aussi beaucoup de chance que les gens nous donnent les opportunités de pouvoir jouer notre musique, peu importe sous quelle forme, et qu’ils l’accueillent à bras ouverts. 

Que ce soit avec Sofie Verdoodt (poétesse flamande) ou plus récemment avec Natalia Pieczuro (danseuse contemporaine), on remarque aussi que vous aimez entremêler votre musique à d’autres disciplines artistiques…

Oui, en effet. Parfois, on rencontre des gens qui, à nos yeux, ont la même approche que nous. Pour moi, c’est suffisant pour décider de créer quelque chose ensemble. Je suis généralement assez critique et il n’y a pas forcément beaucoup de choses qui peuvent retenir toute mon attention. J’ai donc énormément de respect pour quelqu’un qui me bouleverse par son talent et ça me rendra d’autant plus ambitieux de pouvoir travailler avec lui, qu’il soit connu ou pas. C’est chouette de pouvoir entrer dans un monde artistique dont tu ne connais rien et ça me rend très heureux de pouvoir proposer quelque chose de nouveau en mélangeant nos différents univers. 

Y’a t’il d’autres types de projets avec lequel tu voudrais travailler avec Amenra ? Je pense à ce que Mogwai avait fait sur la série Les Revenants par exemple…

Ah oui, très gros respect pour ça ! Si tu connais Mogwai et que tu regardes la série, tu comprends que cela à vraiment du sens. On a déjà travaillé sur quelques courts-métrages et si l’opportunité de pouvoir travailler sur ce type de projet se présentait, on le ferait évidemment.

Cela fera bientôt 20 ans qu’Amenra existe et on a l’impression que vous avez encore beaucoup à proposer et que les gens vous restent très fidèles. Dans quel état d’esprit es-tu à quelques jours de la sortie de cet album, de cette release party complète à l’AB et la soirée Consouling Sounds du lendemain ?

C’est fou et étrange aussi. Le jour où les places ont été mises en vente, on avait peur. On a déjà joué à l’Ancienne Belgique plusieurs fois dans le passé mais remplir la grande salle aussi vite, évidemment que c’est important pour nous. On sent aussi qu’on commence à toucher une nouvelle génération. On a toujours reçu beaucoup de soutien venant de Belgique ainsi que de l’étranger. On sait qu’il y’a énormément de respect de la part de beaucoup de gens par rapport à ce que l’on fait et on veut entretenir cette relation. Le fait que les personnes qui nous suivent soient si proches entre elles, cette sensation de communauté qui les entoure, c’est beau à voir. Cela nous donne un sentiment très gratifiant et on a beaucoup de chance par rapport à cela.

La suite pour Amenra, c’est quoi ?

On en avait discuté avec nos amis d’Oathbreaker. 2017 était leur année et 2018 sera la nôtre ! On va reprendre les tournées, le plus de concerts possibles que l’on arrivera à gérer.  L’Europe, les Etats-Unis, le Japon, l’Australie mais aussi beaucoup de festivals sont prévus…On essaiera de couvrir tout ce que l’on peut !

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