Avec une année aussi exceptionnelle que 2016 au rayon des sorties metal, il était grand temps qu’on mette en place un dossier faisant honneur aux beuglards en tous genres. Loin de tout dogmatisme, toutes les chapelles seront ici considérées, qu’elles nous viennent des grosses machines à remplir des stades ou de productions plus indépendantes. Ce Wake Up The Dead étant le premier de la fratrie, nous nous sommes permis de balancer un maximum de disques, malheureusement en omettant des disques de grande qualité par soucis de concision. Qu’importe, il y a dans ce dossier suffisamment de bois pour tenir l’hiver et probablement bien assez pour niquer tous les repas de famille à venir. Alors enfile ton bracelet à clou et ton tee-shirt « tête-de-loup-forêt-de-sapin-pleine-lune-aigle-qui-vole-dans-le-ciel », ça va faire du bruit.

Gorguts

Pleiades’ Dust

Simon

C’est triste à dire pour la concurrence mais l’année death-metal est d’ores et déjà pliée, Gorguts vient de sortir un nouveau disque. Merci et au revoir. Pleiades’ Dust a beau ne faire que trente-deux minutes pour un seul titre, les Canadiens démontrent une fois de plus que le death-metal technique, narratif et post-apocalyptique leur appartient (en copropriété avec Ulcerate peut-être). On n’aime pas trop qualifier les musiques d’intellectuelles pour en vanter les vertus supérieures mais il nous faut admettre que Gorguts ne joue pas le même jeu que les autres, que leur art se trouve au niveau des nuages au moment de conscientiser des grandes œuvres de noirceur. Pleiades’ Dust est cette nouvelle fresque mystique, écrite comme une succession de longs chapitres et montée comme une accession vers la connaissance et la lumière (à grands renforts de notes liminales et de mises en contexte). Un boulot de général mené à coups de rouleaux de batteries ultra carrées, de blocs de riffs monstrueux et de voix qui semblent sortir d’un vortex démoniaque. La durée de ce titre unique est forcément propice à de la narration en étage, toujours avec une noirceur si dense et cette conscience lumineuse des enchaînements qui puent la mort. Un véritable coup de maître.

Howls of Ebb

Cursus Impasse: The Pendlomic Vows

Côme

En une poignée de disques, Voidhanger Records s’est imposé comme un des labels les plus excitants de ces dernières années de par la qualité et la diversité de ses choix, enchaînant à un rythme effréné les productions toujours pertinentes - on se souvient tous de l’immense disque de Spectral Lore ou plus récemment du dernier Skáphe. Ce nouveau disque de Howls of Ebb en est une fois de plus la preuve, cachant derrière son artwork somptueux une musique à la croisée des chemins, empruntant avant tout au death metal des compositions qui semblent souvent tenir de l’hallucination. Des riffs tortueux tout droit sortis du cerveau d’un Grand Ancien côtoient en effet des passages plus calmes et plus atmosphériques, créant ainsi des patchworks chaotiques qui semblent vouloir emporter l’auditeur dans leur inévitable folie. Le bizarre et l’occulte, voire le franchement terrifiant, défilent devant les yeux tout au long de l’écoute, bien aidés par la voix de Zee-Luuuvft-Huund, chargée de « mysticismes post syllabiques morbides » et dont les nombreuses variations rythment ici la folie de la formation américaine.

Vektor

Terminal Redux

Simon

Rien que pour sa pochette d’illuminati geek et cheap, Terminal Redux méritait qu’on s’y attarde. Blague à part, il était presque impossible de passer à côté de ce nouvel album de Vektor tant le flot de critiques étaient élogieuses à son égard. Si cette plaque aura probablement sa place dans tous les tops de fin d’année qui se respectent un peu, c’est qu’on tient là une œuvre magistrale de thrash progressif, un hybride qu’on croise assez peu souvent et qui est rarement aussi maîtrisé qu’ici. Qui dit musique prog’ dit longueurs et détours pour arriver au but espéré. La technique est forcément au niveau des étoiles mais elle est vraiment transcendée par l’intelligence de jeu, l’aération du tout malgré la rapidité du bordel et la place laissée aux riffs groovy et chevaleresques. Il y a également de la variation partout et tout le temps, de l’écriture en chapitres qui va de la claque dans la gueule jusqu’aux arpèges quasiment kraut. Rajoute à ça une voix persiflante et une histoire d’aventure spatiale racontée sur 75 minutes et tu obtiens un des plus beaux objets metal à posséder en 2016. Mastodon qui jouerait du thrash dans un X-Wing, imparable forcément.

Barbarian

Cult of The Empty Grave

Simon

À force d’en écouter, il nous est parfois difficile de parler simplement de metal. Peu aidés par une scène gigantesque qui se définit très vite par ses genres et sous-genres, évoquer les musiques de barbus tatoués est tout sauf un exercice léger. Et bien entendu, si on vous parle de tout ça, c’est que les ritals de Barbarian nous facilite évidemment la tâche en pratiquant une sorte de metal total, jamais vraiment influencé par les obédiences classiques que peuvent être le death, le thrash ou le black. Une musique finalement assez rare qui s’inspire du speed-metal de Venom ou du kitsch surpuissant de Manowar, bref de tout un tas de choses sorties il y a maintenant trente ans, mais reliftées avec une simplicité et une puissance bien bas du front. Trente-cinq minutes d’absolute metal super groovy qui rendent ce groupe éminemment sympathique, en plus de les placer avec force sur la grande carte du metal indé.

Deströyer 666

Wildfire

Simon

Sept ans sans un nouvel album et un tout nouveau line-up réuni autour du vétéran KK Warslut, de quoi décourager avant la première écoute de ce Wildfire. Mais nous tenons directement à rassurer, ce nouvel album de Deströyer 666 est probablement la plus grosse bombe de l’année en matière de black/thrash épique. Quarante minutes de rapidité thrash, à savoir des riffs aux mélodies absolument infectieuses, de solos absurdes joués à la vitesse du son et une attitude chevaleresque évidemment épique. Deströyer 666 (punaise, ce nom) est ici à l’image de cette pochette, un cavalier de la mort envoyé au front en première ligne, histoire de foutre les boules dans le camp ennemi et d’inspirer la bravoure dans tous les cœurs restants. Une histoire forcément épique, qui s’impose comme le disque que vous allez vous envoyer avant d’aller à cet entretien d’embauche chez Castorama.

Enucleator

Demo 2016

Simon

On ne pouvait pas envisager ce premier Wake Up The Dead en forme de rétrospective sans passer par ce qui restera probablement comme une des démos de l’année (avec celle de Temple of Abandonment). Premier projet du groupe de Rhode Islands, formé de membres de formations aussi obscures que peuvent l’être Ampütator ou Sangus, Demo 2016 voit les Ricains balancer un peu moins de 20 minutes de violence black/death bestiale comme un générique de World of Warcraft. Le son a beau être méchamment aggloméré, il est tout à fait possible de distinguer les thèmes black metal souvent oldschool - et énormément influencés par les premiers disques de Bathory, à savoir du groove punk à foison et une voix de chien affreusement beuglarde - mais également la sauvagerie sans fin du death-metal. Ça joue forcément extrêmement vite, ce n’est pas très propre, mais punaise qu’est-ce que ça envoie. On se croirait au zoo d’Amnéville, entre les cages des fauves et la grotte des chauves-souris. Forcément, on vous le recommande chaudement.

Inter Arma

Paradise Gallows

Simon

C’était peut-être le groupe de metal dont on attendait le plus le retour en 2016, la faute à deux derniers albums absolument incroyables. On avait découvert Inter Arma avec Sky Burial, sorte d’énorme manifeste qui mélangeait sludge/stoner, black metal, post-metal, kraut et doom-metal. Un hybride absolument total qui s’était imposé comme l’un des meilleurs albums de 2013. The Cavern avait également impressionné avec son titre unique en forme d’aventure épique sur plus de 40 minutes. Si bien que Paradise Gallows a rapidement été placé dans les cartons attendus de l’année, statut que Inter Arma va honorer avec force pendant de (très) longues minutes. Paradise Gallows est un disque pour les amateurs de metal avec un grand M, une aventure sombre et puissante, plus dense encore que ce qu’ils ont pu produire précédemment. Paradise Gallows reprend l’histoire là où elle s’était arrêtée avec Sky Burial tout en donnant encore un peu plus de corps à tout ce qui a pu faire leur succès : les parties chantées sont plus profondes (voire plus violentes), les guitares plus tendues et la narration encore plus dans le cosmos, toujours plus enlevée, ne se refusant aucune lumière dans tous les moments d’accalmie. Inter Arma montre ici qu’il est un groupe majeur, pour tous ceux qui aiment leur metal pur et intemporel (avec « Potomac » en tête de gondole). Une musique de papa, loin de tous les codes imposés par les genres traditionnels. Une vraie musique de barbus.

God Enslavement

Consuming The Divine

Quentin

Aussi doux qu'une claque de charpentier, Consuming the Divine est un album aux allures redoutables. Parfait cocktail entre la technique du grind et la brutalité du death, ce premier album de God Enslavement réveille les énergies les plus sombres pour un condensé de onze tracks implacables. Réunissant de membres issus de Pig Destroyer, Misery Index, Deadborn... le groupe est bien plus que la somme des parties. Consuming The Divine nous rappelle que la maîtrise de la technique couplée à des riffs lourds et à un profond chant guttural libère une agressivité sans égal. Adam Jarvis martyrise les fûts comme s'ils étaient coupables du pire. Ultra brutale mais ultra technique, la batterie devient métronome d'un chaos organisé. Lancé à deux cents à l'heure, Consuming The Divine prouve que la vitesse n'a d'utilité que si elle est au service de productions à l'efficacité militaire. Il ne faut pas se leurrer, écouter ce genre d'album demande l'énergie nécessaire et il faudra du courage pour se l'enfiler au petit dèj' et avant de se coucher. Reste que God Enslavement nous a livré un brûlot transpirant la rage dans un style relativement rare et qui place la barre plutôt haut pour un premier essai.