"Earworm" est un terme anglais qui renvoie à un air qu'on ne peut se sortir de la tête, "dont le souvenir est mentalement persistant" nous dit Wikipedia. L'artwork de ce premier album de Paradoxant traduit littéralement le phénomène : une vision dérangeante d'un ver dans une oreille, adoucie par le traitement des couleurs. Un travail signé Boris Görtz, déjà auteur du visuel de Patine, 2ème album du groupe BRNS dans lequel Antoine Meersseman évolue également. Un visuel en parfaite adéquation avec l'univers du disque.

Il serait évidemment tentant de comparer Earworm aux albums de BRNS pour savoir ce qui les rapproche et ce qui les sépare. On ne le fera pas. Premièrement, parce que ça équivaudrait à réduire Paradoxant à n'être qu'un rejeton de BRNS et deuxièmement, à considérer que dans cette optique, il devrait lui rendre des comptes. Ce n'est bien entendu pas le cas. La raison la plus évidente, c'est qu'il n'y a pas ici quatre têtes pensantes, mais une seule. Épaulé par Antoine Pasqualini (Monolithe Noir) et Romain Besnard (Ropoporose), Antoine Meersseman explore un univers captivant et dont il tient les rennes – en prenant parfois un certain plaisir à les lâcher.

À une époque où la segmentation des courants musicaux finit par perdre tout le monde, on ne se risquera pas à coller d'étiquettes à la musique de Paradoxant. Quelque part entre Liars et SUUNS, le projet fonctionne aux ambiances électriques et distordues, aux mélodies évidentes sans jamais être simples pour autant. Gonflé aux synthés, Earworm est autant un exercice de concision (un seul titre atteint les 5 minutes) que de travail des textures.

Il y a une impression de bordel organisé dans ce disque. Tout est précis sans être millimétré. Et puis surtout, il y a cette forme de curiosité qui s'installe dès la première écoute, cette envie de découvrir où le Bruxellois va amener sa création, ses morceaux dont on sent qu'ils sont liés par un univers commun.

Rapidement, on cerne le chaos maîtrisé qui traverse l'album. Rapidement aussi, on constate qu'à aucun moment la tension ambiante n'éclate réellement. Si la musique de Paradoxant est si difficile à définir, c'est parce qu'elle est le résultat d'influences concurrentes. Les guitares sont rarement délicates et souvent noyées sous les effets, les batteries et boîtes à rythmes se bousculent sans cesse, les voix grondent et tremblent comme des synthés. Au final, tous les éléments concordent à créer un album intense où chaque élément repousse l'autre autant qu'il le met en valeur. 

Earworm sortira le vendredi 5 mars via Humpty Dumpty Records. En attendant de pouvoir tenir le disque entre vos mains, l'écoute exclusive se passe ci-dessous :