Les emmerdes de festival: le Top 10

Vous sentez ce souffle? Ces émanations de frites piétinées, d'auréoles de Pils et de sueur perlant sur de vilains tatouages? Le peuple murmure son nom et tous les espoirs sont permis... "Summer here kids" comme diraient les autres barbus.

Un à un, les festivals ont dévoilé leur affiche. Ils ont ensuite pillé votre compte en banque en échange d'un code barre. Bien sûr, vous l'avez imprimé au bureau et déjà égaré les premiers exemplaires (mais c'est pas grave car vous avez conservé le mail de confirmation avec le PDF attaché!). Bientôt, il sera temps de rassembler les troupes et de dépoussiérer la tente probablement très mal remballée il y a dix mois de cela (peut-être un peu moins si vous avez eu la bonne idée d'emmener votre copine en camping-cochon). Et vous serez heureux. De retrouver votre paire d'espadrilles bien-aimée, pétrifiée dans sa couche de boue ancestrale. De choisir avec beaucoup de soin votre plus beau t-shirt. Genre celui avec un lolcat dessus, ou "The Song The Final Countdown Is Now Playing In Your Head". De remplir le frigo box de raviolis en boîte et de canettes de Red Bull. D'inaugurer vos bouchons d'oreilles ergonomiques tout neufs que vous oublierez de toute façon sur la table de la cuisine en partant. Tous les artistes que vous n'avez pas eu l'occasion d'applaudir pendant l'année seront là, à un jet de soutien-gorge. Que du bonheur… ou presque. 

Quoi qu'il arrive, vous prétendrez à vos collègues rangés des voitures que "votre weekend était trop ouf et que non, vous n'êtes pas trop vieux pour stage-diver". Mais nous le savons. Vous le savez. Les festivals, c'est aussi un tas de couillons et de couillonnades qui vous gâchent systématiquement la fête. C'est pourquoi, dans un souci de vous préparer psychologiquement, GMD a répertorié les principaux désagréments qui vont feront jurer que vous ne reviendrez plus l'année prochaine. Mais nous le savons. Vous le savez. Vous reviendrez quand même.

1. Putain d'affiche, putain d'horaire.

On est bien d'accord: les groupes demandent des chèques de plus en plus épais chaque année et il faut bien faire son beurre pour garder l'événement à flot. En attendant, les affiches semblent avoir du mal à proposer de la fraîcheur et de l'exclusivité. Non, Monsieur Pukkelpop, Eminem, The Prodigy et The XX ne sont pas des headliners valables. Non, Monsieur Dour, enchaîner Tryo, I AM et les Smashing Pumpkins en clôture sur la grande scène, cela ne mérite pas de déboucher le champagne. Surtout que si on avait retrouvé ces trois-là à l'affiche des Ardentes, cela aurait déclenché l'hilarité généralisée et les moqueries à l'endroit d'un festival qui, il est vrai, à une programmation en parfaite adéquation avec le public plutôt pourlingue qui débarque en bord de Meuse chaque année. Et si vous craignez de rater les Lescop ou Vitalic, aucune d'inquiétude, ils ont prévu de pécho les petits fours à peu près partout où ils ont été invités.

A nouveau, nous sommes d'accord, le métier de programmateur n'est pas un métier facile. Entre la diva qui ne veut pas exposer son fond de teint à la canicule et le DJ feng shui qui n'absorbe pas les ondes d'une scène placée au Nord, la tâche d'accorder ce troupeau de freaks peut s'avérer moins glamour que prévu. Au final, le festivalier se retrouve toujours à soupirer devant son planning de la journée: glander dans son sac poubelle devant des groupes à l'intérêt relatif avant de galoper soudainement d'une scène à l'autre lorsque l'après-midi touche à sa fin. Résultat: des amitiés qui se déchirent sur les vestiges d'une programmation commune, des couples séparés par un brutal raz-de-marée et qui ne se retrouveront jamais à cause du réseau de merde et surtout, une frustration générale due à quatorze concerts à moitié entamés. Conclusion: les meilleurs festivals sont souvent à l'affiche la moins démentielle. Parce que oui, on ne rentre jamais vraiment satisfait (mais toujours fauché) d'un Primavera ou de Glastonbury, tenez-vous le pour dit.

2. Putain de racket.

Bien entendu, il est toujours possible d'organiser des rations militaires mais si vous avez la flemme de traîner votre carcasse au camping, il vous faudra ouvrir votre portefeuille. Et bien grand s'il vous plait. Car une semelle entre deux tranches de pain atteint facilement le prix du caviar. Si vous tentez une alternative plus saine, vous y laisserez une dent en or. Et lorsque l'eau rattrape le cours de la bière, votre choix est vite fait. Résultat: bourré, fauché, diarrhée. Tout ça pour, au bout du compte, investir à peu près autant d'argent dans trois jours de festival que dans une semaine en all-in à Benidorm à lever de la teutonne aux mœurs légères.

3. Putain de Cathy cabines.

C’est un peu comme entrer de son plein gré dans la cabane de Evil Dead. Ou de voir le Mordor de près et avec une doudoune et un bonnet. Une demi-heure de file alors que vous entendez au loin l'intro de votre morceau préféré, un cube en plastique qui commence à se dilater sous les assauts du méthane, un trou béant qui se gorge peu à peu de tout ce dont le système digestif ne veut plus – en festival, c'est simple, ça veut dire tout ce que vous avez bu et mangé depuis votre arrivée. Si la gent masculine a la chance d'éviter le Mètre Carré de la Mort deux fois sur trois, ses représentants ne vivent pas forcément une expérience moins traumatisante. Se vider sous le regard d'une quarantaine de bécasses, se faire inspecter le membre par un camarade taquin ou se faire arroser les pieds par un autre tout aussi jouette restent monnaie courante dans cet environnement où règne la loi du plus con. Résultat: il vous faudra choisir entre votre dignité ou trois jours de constipation.

Question hygiène, nous aurons également un mot pour les douches. Après des années d'existence, les festivals ont toujours bien du mal à évaluer le nombre de points d'eau nécessaires au dégraissage de leurs participants. Résultat: il vous faudra choisir entre un réveil à 6h30 du mat', une réserve conséquente de lingettes ou incommoder délibérément vos congénères avec votre odeur de roquefort agonisant.

4. Putain de cinéastes amateurs.

Il y a d'abord ce lever de bras qui fait profiter à votre entourage de vos effluves d'aisselles (voir ci-dessus). Et puis cet écran lumineux qui viendra se rajouter aux milliers d'autres pour immortaliser exactement la même scène: un mec flou qui se dandine sur un son naze dans un décor flou. Certains chargeront leur œuvre sur YouTube en pensant détenir l'exclusivité du siècle (résultat: 34 vues un an plus tard), la plupart ne la regarderont même pas en rentrant chez eux. Ou feront chier les copains à leur retour, dans ce qui ressemblera fort à une version moderne de la soirée diapo. Pendant ce temps, ceux qui tentent de vivre l'expérience du live en live (c'est un peu le but de la chose, après tout…) se voient obligés de se déboîter la nuque pour se ménager un point de vue valable.

5. Putain de villages d'artisanat.

Parce que c'est exactement ce dont vous aviez besoin… Un t-shirt Bob Marley en toile de chanvre à 55 euros vendu par des chevreuils malodorants qui passent la journée à écouter du mauvais dub ou de la jungle de bas étage. Oui mais bon, c'est pour le commerce équitable, tout ça… RIEN A FOUTRE DU COMMERCE EQUITABLE. Pour nous sensibiliser à ta cause, va falloir nous fourguer des trucs moins moches, de meilleure qualité, à des prix défiants toute concurrence. Et de la concurrence, il y en a puisque tous les stands étalent les mêmes bracelets en laine, les mêmes chapeaux ridicules et les mêmes sarouels à la Zaz.

6. Putain de stands promo.

Vous avez survécu aux vendeurs de bongs. Bravo! Mais votre calvaire n'est pas terminé pour autant. Ils abusent du néon à vous en érafler la rétine. Ils vomissent le genre de musique de merde que t'as payé 150 EUR pour éviter pendant trois jours, le tout à un volume guantanamesque. Leurs hôtesses sont payées une misère pour se trimbaler dans des tenues de popstars coréennes et se faire palper l'arrière-train en silence. Dealers de chewing-gums, producteurs de boissons qui pétillent, banques de "jeunes" à la recherche de leurs prochaines victimes, agences d'intérim engluant les précaires de demain, opérateurs mobiles au service aléatoire… Ratissant le terrain façon papier tue-mouche, nos amis les sponsors espèrent vampiriser un maximum d'innocents contre un porte-clés qui clignote ou, plus traître encore, une bouteille d'eau fraîche…

7. Putain de mec élevé par une meute de loups.

Tout le monde le connaît, ce con-là. Celui qui, sous prétexte d'être le fan ultime, se permet de ravager ton concert en chantant du yaourt très fort et très faux. Celui qui te pétrit le bide avec son gigantesque sac à dos. Celui qui pogote comme un malpropre alors qu'une oreille suffit à distinguer une ballade intime au piano. Celui qui te déverse sa bière dans le dos parce qu'il s'allume une clope et qu'il a oublié qu'il souffrait d'une psychomotricité réduite. Et qui achève son œuvre en te grillant le bras. Celui qui a fendu la foule à grands renforts de coups de coude pour finalement passer son temps à jacasser ou à rouler des pelles à sa copine. Quant il ne fait pas demi-tour cinq minutes plus tard, pris d'une grosse envie d'aller pisser. Celui qui régurgite sa bile aux quatre coins de ta tente alors que la sienne se situe à un quart de tour vers la droite. Celui qui t'a griffé ta bagnole avec son putain de didgeridoo. Didgeridoo? Didgeridon't. Didge-fuckin'-don't!

8. Putain de mec qui t'apprend la life.

C'était vachement mieux avant, bla bla bla. Il essayera de vous convaincre qu'il a assisté au passage de Nirvana sur la Last Arena en 1991. Il va exhiber ses blessures de guerre (une tache de vomi sur un vieux t-shirt Rage Against The Machine) et ses poignets sont tapissés de bracelets grisâtres que t'as juste envie d'arracher et de lui faire bouffer. Il a rencontré les Daft Punk backstage alors qu'ils ne portaient pas encore de casques et décelé le potentiel de Radiohead lors d'un bal de village mais "bon, tu vois… personne ne l'a écouté à l'époque". Malgré son amertume, il écume inlassablement les festivals afin d'alimenter ses futurs monologues. Le mytho blasé est une espèce rare mais éminemment nocive.

9. Putain d'introductions de kermesse.

Fallait pas les inviter, ces demi-people qui endossent le costume de Monsieur Loyal sur la grande scène. Deux jours avant, ils ont vaguement testé quelques vannes sur leurs épouses pendant qu'elles regardaient un épisode de Dr House. Elles ont émis un petit rire compassionnel et ils ont cru qu'ils étaient de taille à galvaniser les foules. Grands moments de solitude, traumatisme et six mois de psy pour s'en remettre garantis. En même temps, c'est pas comme si on allait les plaindre non plus.

10. Putain de Joe Piler Saloon.

Ami français, réjouis-toi. Les gourous du marketing chez Kronenbourg n'ont pas encore eu la même idée que leurs homologues belges. Celle-ci est absolument diabolique. Alors qu'après s'être enfilé une heure de musique à un volume souvent insensé devant une Main Stage, le festivalier lambda aspire à raconter quelques couillonades à ses compagnons d'infortune sans devoir hurler comme un goret pour se faire comprendre, pas de bol pour ses nerfs, ses tympans et sa santé mentale: c'est à ce moment précis que le Joe Piler Saloon ouvre ses portes, que son DJ probablement repéré dans un boîte pour joueurs de foot te balance à peu près tous les titres que tu n'as pas envie d'entendre. Y'a même quelques légères qui dandinent du boule dans le rôle de la poudre aux yeux. Après, l'équation est souvent d'une rare simplicité: plus la foule qui s'amasse devant le Joe Piler Saloon est grande, plus le public du festival en question est pourlingue. A titre d'information, le succès de cette attraction de foire est chaque année énorme aux Ardentes et à Rock Werchter.