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Roma Zuckerman, discret producteur sibérien, officie depuis 2015 dans la prestigieuse et exigeante maison de disques de Nina Kraviz, Trip. Aux côtés de Deniro, Aleksi Perala, Buttechno, Nikita Zabelin et bien d'autres, il forme un des crews les plus déglingué et passionnant de la scène électronique européenne. Pourvoyeur d'un son rêche et joueur, qui ne choisit jamais son camp entre ténèbres, moments d'euphorie et grosses lames de rasoir dans ta boîte crânienne, le Russe nous a envoyé un mix unique et authentique dans la droite lignée de son réjouissant et tout fraîchement sorti stage of loyalty. L'occasion d'échanger avec lui à propos de ses influences, de la situation en Russie et de son rapport à la création et aux sons qui l'entourent au quotidien.

Ça fait un an que la pandémie affecte toute la planète. Comment est la situation en Russie?

La pandémie a fait son taff. Elle a détruit la vie de beaucoup de personnes, c’est terrible. Beaucoup de choses manquent, mais beaucoup de choses ont été résolues. J’ai été obligé de repousser ma première tournée mondiale. La Russie, comme d’autres pays, est très forte. Chaque jour, il faut lutter pour la stabilité. Je crois que cette situation a permis de comprendre l’importance de différentes structures dans le pays et dans le monde… Mais aussi la position de l’industrie de la culture et du divertissement. La pandémie nous a stoppé mais les gens se sont rapprochés. On apprend à mieux se connaître. Moi je vis en Sibérie, et ici les gens sont préparés à tout. Et puis les vrais artistes ne s’arrêteront jamais de créer. Beaucoup de musiques ont été enregistrées, beaucoup de tableaux ont été peints, beaucoup de choses ont été créés. Donc d'une certaine manière, la Sibérie est devenue un centre créatif ! 

Stage of loyalty sort un an après la fermeture des clubs. Cette pause forcée t’a aidé à composer ? 

Une personne motivée et créative ne connaît pas le concept de pause. La pandémie m’a certes rendu plus pauvre mais je me suis davantage impliqué en studio. Il est préférable pour une personne créative de ne pas connaître tout ces chamboulements mais cela n’a pas changé ma vie, j’essaie de rester aussi fort que je l’étais. 

Tu as dit avoir été influencé par le travail de ton père, ingénieur en informatique. Les sons que tu crées sont très particuliers, presque organique. Quelle est ta relation avec le « digital » au sens large ?  

Mon père était une intelligence supérieure. Il utilisait tout ce qu’il pouvait et me le montraitIl m’a éduqué, il m’a aidé à définir les contours de mon travail. Je lui suis reconnaissant de m’avoir mis sur le droit chemin ! Les sons, comme les couleurs, sont des miroirs, et les signaux qu’on reçoit sont essentiels pour notre régénérescence. Le son éduque et donne du sens. Comme les maths ou la physique. L’univers numérique est le futur prévisible. Nous recevons du monde digital ce que nous voulons, mais nous devons nous éduquer nous-mêmes pour améliorer nos qualités humaines. 

Ce sera ta deuxième sortie pour Trip. Peux tu nous en dire plus sur le fonctionnement du label, et comment Nina Kraviz fait fonctionner tout ça ?

Pour commencer, Nina est une personne incroyable, je l’aime et je la respecte énormément. Je suis très reconnaissant qu’on se soit rencontrés. On oeuvre pour une cause commune. Avant, j’enregistrais de la musique sans penser la publier. Je prenais des notes pour moi-même. Mais Nina est arrivée et tout a changé. Nina a été la première a pubier ma musique. Le label a été fondé en 2014 donc il est assez jeune. Mais pour moi c’est déjà un label plein de qualités, de style et d’originalité. Pour savoir comment fonctionne le label au quotidien, adressez-vous plutôt à Nina!

Dans ton travail de producteur comme dans tes lives, tu oscilles entre la musique club et expérimentale. Comment est ce que tu articules ton travail entre ces deux univers ?

Il y a en effet deux esthétiques que j’autorise dans ma vie. Quand j’ai commencé à faire de la musique, je n’avais pas un son caractéristique. Je pense que ça vient avec l’âge et expérience et encore, pas pour tout le monde. La nature de la musique « club » ou « expérimentale » sont deux parallèles que j’essaie de créer pour me permettre de comprendre la connexion entre la nature et le monde fait par l’homme. D’ailleurs, le titre « stage of loyalty » évoque notre loyauté envers la technologie, la science et la nature.

Quels sont tes projets pour le futur proche ? Est-ce seulement possible de se projeter ?

Je vais sûrement bouger à St.Petersbourg et continuer à travailler sur ma musique. Mais j’attends que la pandémie se termine. C’est un peu comme si on était dans les limbes, c’est très dur de planifier quoique ce soit. Mais j’ai hâte de revoir tout le monde.

Tu peux nous parler de ton mix ? 

J’ai préparé un podcast composé de fragments de ma propre vie. J'utilise un enregistreur tous les jours. L’essence des ses fragments réside dans le fait qu’ils sont fragmentés, et qu'il font à chaque fois apparaître une réalité différente.