Tracklist

  1. Caterina Barbieri – Fantas
  2. Davis – Plenitude
  3. Ricardo Tobar – Parques
  4. Lusine – Parallel
  5. Applescal – Open Heart
  6. Dark Sky – Cyan
  7. Barnt – High Hopes
  8. Konx Om Pax – Earthly Delights
  9. Borusiade – Mirror Hall (This Relief)
  10. Dj Seinfeld – Sakura
  11. Tessela – Glisten
  12. Ochre – Tugrul
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Il y a un revers de la médaille à faire de l’électro 'atmosphérique'. Comme si chaque producteur positionné sur ce créneau devait se justifier de sa prétendue filiation avec Jon Hopkins, Four Tet ou Kiasmos. Aussi prestigieuses soient les références, elles empêchent pourtant des projets d’exister pour ce qu’ils sont vraiment. Raison pour laquelle on a invité le Liégeois Rari à nous parler de lui et de son savant mélange de mélancolie, de rage et d’espoir dans ce nouveau Goûte Mes Mix, lui qui sortait pas plus tard que le mois dernier de nouveaux titres sur son Soundcloud.

Rari est un projet assez neuf mais on sent une vraie maturité dans tes morceaux, quelque chose qui nous fait dire que tu prêtes beaucoup d’attention à la composition. Qu’est-ce qui t’influence lorsque que tu composes ?

Depuis le lancement du projet,  le parti pris a été de mettre l'accent sur les atmosphères en amont du développement rythmique des morceaux. La proposition de base est souvent orientée ambient, et les éléments percussifs sont plutôt là en soutien, pour intensifier les thèmes. Vu que ces thèmes et les harmonies qui les construisent sont centraux, je passe beaucoup de temps dessus, j'y mets pas mal d'effets et je fais surtout attention à la spatialisation des sonorités pour rendre l'ensemble le plus immersif possible. De manière générale, les morceaux sont assez chargés et le travail sur le mix final en studio est super important pour obtenir un truc qui soit dense sans verser dans l'overdose d'infos. Pour ça on bosse depuis le track 1 avec David Henrard, qui est un ingé-son créatif super balaise. Il connait bien le projet et on essaye toujours de développer un mix qui colle à l'univers général et ne rentre pas spécialement dans les codes classiques du mix électronique taillé au pic à glace.

On a l’impression que tes morceaux prennent à chaque fois un certain temps pour s’installer, il y a une vraie construction progressive. Certains d’entre eux sont quasi introspectifs et beaucoup renvoient à un univers visuel. Tu es conscient de ça ?

Clairement. En mettant l'accent sur les atmosphères, ça crée directement une ambiance cinématographique que je tâche de peaufiner au fil des productions. Les build-ups sont évolutifs et fonctionnent par addition et tension entre les éléments jusqu'au climax qui les synthétise. À ce niveau-là, la construction des titres se rapproche de structures plutôt post-rock.

On sent dans tes morceaux une dualité entre l’envie de tout faire péter et l’envie d’imposer tes mélodies. Les deux semblent se neutraliser et c’est au final ce qui crée ton style.

C'est un beau compliment, car ça a toujours été l'ambition du projet, d'être à mi-chemin entre l'envie de faire la teuf et celle de se plonger dans quelque-chose de plus profond. On m'a déjà reproché de ne pas trancher plus clairement entre les deux sphères, mais je t'avoue que je suis assez à l'aise avec le fait de jongler entre les deux. C'est ce qui fait la singularité du projet et pour l'instant je ne ressens pas le besoin d'abandonner une des deux facettes au profit de l'autre. Pour moi la dualité se retrouve aussi dans les harmonies, où les sonorités claires et sombres sont entremêlées. Il y a souvent de la dissonance volontaire aussi, l'idée de dégager une mélodie juste au milieu d'éléments dissonants qui parasitent la justesse globale. C'est un procédé qu'on retrouve par exemple chez Beak>, un groupe dont je suis particulièrement fan.

Jusqu'à maintenant, deux titres ont eu droit à un clip. Qu’est-ce qui a influencé le choix de ses morceaux ? Les deux clips prêtent beaucoup d’attention à l’esthétique et la symbolique, tu peux nous en dire plus ?

Mettre des images sur les sons, c'était un objectif depuis le départ pour donner une légitimité plus globale au projet et le sortir des plateformes d'écoute traditionnelles. Il y avait l'envie de développer un univers symbolique original, et donc de confier ça à un réalisateur avec une vraie vision. C'est Alice Khol qui a réalisé les deux clips. Ses univers visuels sont super esthétiques et on s'est particulièrement entendus sur les aspects duels et mystérieux qui collent aux sons. On a choisi les morceaux qui avaient le plus de potentiel narratif. Avec quasi rien comme budget, mais des pures équipes, elle a vraiment apporté un regard neuf sur les compos.

Rari est un projet solo, c’est destiné à le rester ? Tu considères le projet comme ta sphère personnelle ou l’idée d’y faire rentrer quelqu’un est permise ?

C'est mon premier projet, donc il est assez personnel, mais je suis de plus en plus emballé par les collaborations. Jusqu'à présent j'ai surtout fait des remixes et j'aime beaucoup croiser ce que je fais avec d'autres univers. Je voudrais élargir ça et passer le cap du travail vocal. J'ai pas mal de morceaux en cours pensés pour le chant, il manque plus qu'à convaincre les bonnes personnes et ça part. Ce sera pour bientôt si les planètes s'alignent.

Tu sembles assez isolé en Belgique dans le style que tu joues. Il y a des artistes projets ou labels auxquels tu te relies ou qui t’inspirent ?

Il y a quelques projets auxquels on peut me relier sur le plan des propositions globales, je pense notamment à Haring qui se situe aussi dans un mix club/electronica aux accents mélodiques, mais on a nos univers perso et je ne pense pas qu'on puisse réellement parler de mouvement au sens propre. Sinon je suis impressionné par le taf de Monolithe Noir et des artistes du jeune label français Kowtow dont il fait partie. C'est probablement l'artiste électronique qui a l'identité la plus forte en Belgique aujourd'hui.

Tu peux nous parler de ton mix ?

C'est un état des lieux assez fidèle des différentes formes de musique électronique qui inspirent le projet aujourd'hui, entre de l'ambient plutôt analogique, des titres electronica et des sonorités club assez léchées. Le mix oscille entre ces différentes zones.