Les mecs de La Jungle sont incroyablement gentils et généreux. La preuve ? Ils ont accepté de jouer pour pas grand chose à mon anniversaire. C'était il y a un an et la mayonnaise commençait alors à bien prendre. Dans mon esprit très psycho-rigide, ce concert a toujours servi de balise pour jauger la progression du groupe montois. En octobre dernier, le duo avait une année de salles et de festivals dans les jambes, une année passée à défendre un premier album plein de promesses. Et puis un nouveau cycle débutait, avec l'écriture du suivant, qu'ils avaient teasé ce soir-là. Un album qui sort finalement dans une semaine sur Black Basset Records et qui vient boucler un été qui a vu La Jungle asseoir encore un peu plus sa réputation de rouleau compresseur scénique. Un disque qui voit donc la paire enfoncer le clou et perfectionner sa formule "TECHNO / KRAUT / TRANSE / NOISE" (c'est eux qui le disent) sur cinq titres qui tapent très dur, mais n'oublient jamais que le rock, c'est aussi une histoire de groove, vicieux si possible. Histoire d'un peu mieux comprendre la philosophie du groupe, Rémy et Mat ont chacun sélectionné 5 titres qui comptent beaucoup pour eux. 

Réponses de Rémy (batterie)

Hella

Biblical Violence

Mon grand classique à moi. L'album qui a le plus changé la donne. Après Nevermind, cela va de soi. Le batteur, Zach Hill, est surtout connu pour son mitraillage dans Death Grips, mais je préfère ses trucs en solo. Face Tat est une grosse tuerie. Hella aussi, surtout sur les albums en duo. Du vrai math-rock. Avec du vrai rien-à-foutre à l'intérieur à la sainte époque où ils faisaient encore du live.

Lightning Bolt

Two Towers

Le titre dont je ne me lasserai jamais. Petite déception quand j'ai vu pour la première fois Lightning Bolt en 2015 (Ce jour-là, Mathieu m'a dit à l'oreille « Uséééééés par des années de noiiiiise » pendant leur live), mais les deux Brian de Providence restent des élus de mon cœur. Grosse violence, au sens positif du terme. Indispensable dans des configurations comme la leur. Puis, graphiquement, le batteur est malade. Et les premiers albums sont d'une craditude absolument admirable.

The Heartaches

S.O.L.

La noise n'a pas du tout initié mon parcours musical. Vers mes 20 ans, pas avant. Toute mon adolescence a plutôt été rythmée par du Nirvana (top batteur, évidemment), des Libertines (top batteur n°2) et surtout du punk-rock. Pas du punk. Du punk-rock. Pas pareil. En Belgique, on a eu quelques pépites, dont les Nervous Chillin' et The Heartaches, de gros branleurs/poseurs d'Anvers. Peu de tournées mais quand même trois albums, dont deux vraiment tarés. Arrangements et paroles, fous !

Pneu

Chaours

Les meilleurs de France avec Marvin. Highway To Health est l'un des cinq albums que j'ai le plus écoutés jusqu'à présent. Enregistré chez Kurt Ballou de Converge à Boston. Gros son, limite abusé. L'énergie à se taper le cul par terre. Le live est top et les deux zicos sont de purs zicos. "Chaours" s'est avéré être une grosse claque. Le clip est formidable, d'une rare violence, bien efficace. Et puis, surtout, le morceau sort de nulle part et cette version n'est pas la même que sur leur split avec Nervous Kid de 2010. J'aime bien l'esprit !

Heaters

Master Splinter

Une de mes plus belles dernières découvertes, qu'on a booké là où je bosse, au Vecteur à Charleroi. Le garage/pop/psyché (biffez les mentions selon vos desiderata), ça me parle, oui. Il y aura toujours des crevards pour ne parler que d'un « fake revival », le genre de type en première ligne quand le cover band de Led Zep' passe de le coin. Mais, croyez-moi, les Oh Sees et Segall vous veulent du bien. Puis, pour revenir à Heaters, le batteur (oui, encore et toujours le batteur) a une personnalité fort canon dans son jeu. Haaaaa, ces Ricains!

Réponses de Mat (guitare)

At the Drive-In

Arcarsenal

En 2000, je me souviens avoir entendu par hasard At the Drive-In à la radio. En pleine journée. Ça arrivait encore ce genre de choses. Sentir un truc. Claque, chaos, gueulardises et énergie. Ça a pas mal influencé la façon dont on jouait la musique avec mon groupe de l'époque. ATDI, c'est un groupe qui n'avait jamais arrêté de tourner, dans les pires conditions parfois. Un groupe avec une certaine éthique qui se retrouvait parachuté au rang de sauveurs du rock malgré eux ! LE groupe live à voir ! Ça te donne envie de répéter un max, de sortir des disques et de tourner à fond. Mais surtout d'infatigables bosseurs, à en juger par la discographie monstre des membres du groupe par après.

The Blood Brothers

The Shame

Un des groupes que j'ai le plus vus en concert. Notamment des petites scènes. Je me souviens de l'ovation du public après leur show en avant-première de Liars à l'Orangerie du Botanique. Ils ont été applaudis pendant 15 minutes pour avoir un rappel. Ils ne pouvaient pas. Mais le public a continué à les applaudir pendant qu'ils démontaient et enlevaient leur matos de la scène. On parle ici encore d'énergie brute, d'envolées lyriques. J'adore le mélange des voix. J'adore qu'un groupe aussi extrême dans ses compositions, dans son chant, ait pu acquérir une telle notoriété. Tu as juste envie de former un nouveau groupe quand tu les as vus en concert. J'aimais aussi leur merch avec pleins de chouettes t-shirts qu'ils réalisaient eux-mêmes.

The Jesus Lizard

Puss

Je me souviens avoir demandé à notre bassiste, qui partait une heure plus tôt de l'école, d’aller chez Rive Gauche (le seul disquaire de Mons à cette époque) et de regarder s’il y avait le single/split de Nirvana & The Jesus Lizard. Il est revenu avant la fin du cours et a collé la pochette à la vitre de la classe avec un grand sourire. Il avait chopé les deux exemplaires ! D'abord acheté pour Nirvana sans trop connaître le lézard. Mais j'ai adoré la face B. Je les ai vus ensuite au festival de Dour, où ce fut un des meilleurs souvenirs de concert pour moi. Un fameux singe ce "Yow!". Je ne vais pas argumenter plus en faveur de ce groupe viscéral. 99,99999 % des groupes noise ont été un jour ou l'autre touchés ou influencés par leur musique.

Leonard Cohen

Story of Isaac

C'est dans ma chambre, chez mes parents, avec une vieille guitare pour enfant de mon père, que j'ai appris à jouer en écoutant l'album Song From a Room. J'écoutais le 33t sur une mini platine 45t. Le disque dépassait de partout. Je retranscrivais les paroles à l'écoute et essayais de refaire les accords. Il y avait quelques vinyles à la maison. À boire et à manger. Celui-là sortait du lot pour moi. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Je me souviens les avoir tous écoutés. Je les triais souvent. Je prenais mes préférés et je les accrochais au mur de ma chambre. Si je ne devais n'en choisir qu'un, de disque, celui-ci serait certainement en bonne position.

Dirty Three

Sue's Last Ride

Je me souviens, en tournée avec Petula Clarck, on longeait la côte française pour se rendre en Italie, juste Vincent et moi. La route était sinueuse, parfois très haute, le long de la Méditerranée. On était à la moitié du tour. Vinch conduisait, moi je regardais par la vitre. Il y avait une vue incroyable du ciel qui rejoignait la mer. On ne savait pas distinguer la fin du ciel de l'horizon de la mer. C'était l'infini ou le néant, selon. Le disque de Dirty Three passait dans le lecteur. Un petit moment de béatitude où je me rappelle m'être dit : "Waow, on passe son temps dans le camion mais on est quand même vernis d'être là, à tourner, à faire ce que l'on aime". Quinze minutes après, on se faisait fouiller le van à la frontière italienne.