Sharon Jones & The Dap Kings

Bruxelles, Ancienne Belgique, le 23-02-2012 | par Jeff le 26-02-2012

Pour ceux qui en douteraient encore, Sharon Jones ne sort des disques que dans le seul but d'aller les défendre sur scène, là où ses compositions prennent tout leur sens. En tout cas, si elle ne l'a jamais dit ouvertement, nous en sommes convaincus. Et comme les fans de l'Américaine et de ses Dap Kings ne le savent que trop bien, c'est sans réelle difficulté que l'Ancienne Belgique s'est progressivement remplie pour finalement afficher sold out ce jeudi soir.

Tandis que pas mal de groupes se sentent obligés de se payer une première partie sans vraiment réfléchir au choix ou à la valeur ajoutée de celle-ci, Sharon Jones & The Dap Kings n'ont nullement besoin d'un tel luxe. Pas plus qu'un décorum scénique inutilement pompeux d'ailleurs. Ainsi, quand le rideau de l'AB s'ouvre sur le coup de 20h30, c'est un spectacle assez inhabituel qu'il nous est donné de voir: le groupe a pris le parti de profiter de toute la profondeur de la scène de la salle bruxelloise, mais n'en occupe qu'une minuscule partie. Tout ce petit monde est encaqué sur quelques maîtres carrés (ça fait quand même onze personne), comme pour renforcer cette idée de groupe soudé qui ne quitte pas d'une seule semelle son leader. Qui ne fera son apparition qu'après 20 minutes de warm up, tantôt instrumental, tantôt mené par les Dapettes, les deux choristes du groupe. Et lorsque déboule Sharon Jones, c'est sous les acclamations un public qu'on pensait chaud comme une baraque à frites un soir de kermesse.

On entend souvent dire que même un concert moyen de Sharon Jones reste un bon concert tant la machine est parfaitement rôdée. Et on en a eu la preuve pendant une bonne partie de la soirée. Entre une setlist qui a un peu manqué de mordant à trop vouloir jouer la carte du crescendo, une Sharon Jones visiblement exaspérée par des problèmes de son et un public parfois un peu trop timide, tous les ingrédients semblaient réunis pour que la soirée soit au mieux agréable. Mais voilà, quand la tigresse et un groupe tout acquis à sa cuase décident de passer à la vitesse supérieure, et que le public suit la Georgienne dans ses délires soul/funk, la température monte de quelques crans. Les habitués des concerts de la soul sister connaissent évidemment les artifices par cœur (le soul train histoire d’y aller de quelques pas de danse en particulier), mais ils tombent à chaque fois dans le panneau.Et quand bien même ces petits délires (l’hommage à Whitney Houston et Amy Winehouse en ce compris) viendraient à leur brouter rapidement le fion, ils peuvent se replier sur la discographie que la troupe revisite pendant deux heures sans le moindre temps mort – en ne manquant évidemment pas de faire un détour prolongé par le petit dernier, le judicieusement nommé Soul Time!.

Alors il est évident que la soirée fut bonne et bien remplie. Mais on ne peut s'empêcher de penser qu'au regard du potentiel scénique avéré de Sharon Jones & The Dap Kings, on aurait pu passer une soirée vraiment mémorable si tous les éléments avaient été réunis. Mais ce ne sera finalement que partie remise, et cela tombe plutôt bien, le groupe sera de retour cet été en Europe.