Primal Scream presents Screamadelica

Lokeren, Lokerse Feesten, le 29-07-2011 | par Jeff le 30-07-2011

C’est de bonne guerre : avant d’aller à un concert, on aime bien aller faire un petit tour sur YouTube histoire de mater quelques vidéos qui nous mettront l’eau à la bouche sans nous gâcher le plaisir. Cette modération dans le visionnage est d’autant plus cruciale lorsque le groupe s’appelle Primal Scream et qu’il fait le voyage pour venir jouer dans son intégralité son mythique Screamadelica. On s’en doute, le Net fourmille de témoignages filmés de qualités sonores et visuelles variables, mais qui pointent tous dans une seule et même direction : ce Screamadelica en mode « 20 bougies à souffler » a une classe folle, comme on le voit ICI. Aussi, c’est excité comme des gamins qu’on prend la route de Lokeren, dont le centre est envahi 10 jours durant par les Lokerse Feesten, au cœur de l’actu cette année avec le caprice de Morrissey, qui a exigé que la viande soit bannie du site le jour de sa prestation.

Pour le reste, pas grand chose à dire sur cet événement, aujourd’hui bien implanté dans le paysage festivalier belge pour le meilleur et surtout pour le pire. En effet, ces dernières années, les Lokerse Feesten ont mis un point d’honneur à augmenter leur visibilité en conviant des pointures à tour de bras. L’entreprise serait louable si la programmation du festival ne donnait pas l’impression d’avoir été confiée à mon cousin de 13 ans. La preuve avec l’affiche de ce premier soir : outre Primal Scream, on pouvait également voir Das Pop, Kelis et Goose. Dans le genre indigeste comme programme, on ne fait pas mieux. D’ailleurs, c’est pour ces deux derniers que la majorité du public était là.

Aussi, lorsque Primal Scream monte sur scène sur le coup de 21h45, le public est pour le moins clairsemé et l’intérêt pour le groupe, proche du néant passé le vingtième rang. D’ailleurs, à en juger par les regards dépités ou un peu vides de certains membres de la troupe, on comprend vite que celle-ci se demande un peu ce qu’elle fout là, si ce n’est cachetonner, parce que merde, faut bien payer les factures et les bitures. On vous le concède, on exagère un peu. Même si le groupe était en légère roue libre sur une bonne partie des titres, cela suffit quand même à renvoyer à leurs gammes un bon paquet d’artistes, à commencer par les trois qui partageaient l’affiche avec Primal Scream ce soir-là. Et donc, même si on n’a pas eu droit à un mur géant de LED (remplacé par un drap blanc pour les projections), à la section de cuivres au grand complet ou à la chorale gospel qui te donne envie de hurler « Hallelujah ! Praise the motherfuckin’ Lord ! » sur « Movin’ On Up », on a passé une excellente soirée en compagnie d’un groupe qui sent certainement moins le LSD et un peu plus le professionnalisme qu’avant.

On pensait également que Screamadelica serait revisité dans son intégralité et dans l’ordre mais il n’en fut rien. Passé le tryptique introductif « Movin’ On Up » / « Slip Inside This House » / « Don’t Fight It, Feel It » (ce dernier titre étant tout bonnement jouissif dans sa version live), Bobbie Gillepsie a ensuite redistribué les cartes, enchaînant sur un « Damaged » forcément bouleversant avant de tranquillement préparer le plat de résistance : un « Higher Than The Sun » magnifié par un final électrique complètement renversant, un « Loaded » en forme de communion avec un public pour le coup un peu moins endormi et un « Come Together » intoxicant avec ses visuels énormes. Ces trois titres assénés, le groupe n’avait plus qu’à déposer délicatement la petite cerise sur le gâteau, avec des titres ne figurant pas sur Screamadelica, joués toutes guitares dehors. Et vraiment, « Country Girl », « Jailbird » et, inévitablement, « Rocks » ont fini d’achever un public qui n’a pas demandé son reste – et ne l’aurait de toute façon pas obtenu, vu les horaires à respecter.

Au final, voir Primal Scream pour la modique somme de 25 euros correspond plutôt bien à la définition de l’expression « en avoir pour son argent ». Évidemment, à ce prix-là, tout n’est pas rose ou parfait. Il a fallu se coltiner un public de beaufs flamands qui considèrent les Lokerse Feesten comme une sorte de grande fête de village où on vient mater des culs, boire beaucoup de bière et se mettre sur la gueule vers 2 heures du matin. Ce qui est d’ailleurs arrivé en plein concert de Goose. Alors forcément, si on est sortis plutôt heureux de cette prestation, on aurait été prêts à mettre trois fois le prix pour vivre ça en compagnie de 20 000 sujets de Sa Majesté dans un état second et vraiment heureux d'être là.