N.A.M.E Festival

Tourcoing, le 21-09-2012 | par David le 14-10-2012

Le N.A.M.E., festival dédié aux musiques électroniques, s'est déroulé sur trois jours et différents sites du nord de la France il y a de ça une dizaine de jours. Et l'affiche concoctée pour cette édition 2012 était tout simplement incroyable puisque Simian Mobile Disco, Art Department, Ritchie Hawtin, Jennifer Cardini, Âme, Soul Clap, Benoit et Sergio, Brodinski ou Club Cheval pour ne citer qu'eux, étaient tous de la partie. A Goûte Mes Disques, nous avons opté pour la soirée du vendredi 21 septembre. Météo fraîche mais sans pluie, direction Tourcoing pour communier avec les 4000 autres clubbers sur les beats électroniques.

Commençons par les lieux: le site de "La Tossée" est, à lui seul, une curiosité. Vieille friche industrielle abandonnée (mais plus pour longtemps),  on entend au loin les basses vrombir tandis que les lumières éclairent le bâtiment en briques rouge. Berlin transposé dans le Nord. Stupéfiant. On passe les portes à minuit pile et il y a déjà foule. La configuration est la même que la fois précédente: deux salles à l'intérieur de l'usine désaffectée et une salle extérieure sous une sorte de serre géante. C'est là que nous nous dirigeons d'emblée pour y écouter Nicolas Jaar. La demi heure de retard aura pour but de chauffer la foule qui s'amasse, compacte et dense, et nous sommes surpris par le nombre de personnes qui commencent à scander le nom de l'artiste au moindre break du set de Peo Watson. A 00h30, Nicolas Jaar déboule sur scène: avec une lente progression ambiante pour démarrer, Jaar impose une atmosphère onirique avant de délivrer les énormes basses qui réjouiront les masses - il faut dire que le public semble acquis à sa cause. Les morceaux alternent les phases ambiantes, le saxo hurle tout ce qu'il peut dans un minimalisme absolu tandis le beat prend le dessus. Le son est éclatant mais la formule a tendance à se répéter et finit par lasser.

On quitte dès lors la serre pour rejoindre la salle 2 où Jenifer Cardini semble en forme. La Française délivre un set impeccable et classieux. Retour cependant vers le chapiteau pour écouter John Talabot, l'un de nos chouchous de cette année 2012 avec son album ƒin. Talobot et son acolyte prennent place pour un live à quatre mains. L'electro vaporeuse, un brin noisy et finalement très baléarique enchante dès le premier morceau. Malheureusement des problèmes techniques viendront rapidement perturber le set jusqu'à devoir arrêter le live sans pouvoir le redémarrer. Dommage !

Pas refroidi par ce contre-temps, on fait un petit détour par la salle 1 pour vérifier que Busy P est un piètre DJ. Pourtant, la sélection est plutôt bonne. Pedro Winter, érudit electro, alterne avec un certain brio les titres undergound avec des morceaux plus connus et finit par se mettre le public dans la poche. Grand moment de folie quand M.I.A et son "Bad Girls" déboule. Ellen Allien, marraine du NAME, entame à ce moment son set dans la salle 2, et il est temps de découvrir la cuvée 2012, faite de house old school et minimalisme, techno. On entendra même la vieille Blondie version disco surgir de sa tombe. Efficace et finalement envoutant, le set et la scénographie de la salle sont plutôt réussis.

Mais voilà, l'affiche du N.A.M.E. 2012 est bonne, et on ne sait plus où donner de la tête. Il faut déjà retourner au chapiteau pour découvrir le live d'Art Department avec en guest vocal Martina Topley Bird (vue chez Gorillaz, Massive Attack, Clark). La house gonflée aux infrabasses  nous emmène au coeur de Londres, tandis que Martina improvise sur les beats. C'est génial et décomplexé! Une belle surprise en somme. On s'aventure par contre avec beaucoup de méfiance vers le live de Sebastian en salle 1. Ca vient de démarrer et le public est chaud comme la braise. On se bouscule, mais il est impossible de se frayer un chemin. Sebastian est juché sur une estrade étroite, les machines sont invisibles, le costume impeccable, la coupe de cheveux et la moustache aussi. Sur chaque côté de la scène, deux drapeaux rouge marqués d'un grand S. La mise en scène évoque clairement celle des grands dictateurs. La vidéo parfaitement synchronisée avec la musique anxiogène du Français est une déferlante d'images terrifiantes de l'actualité de notre monde: foules, bain de sang, Sarkozy, bombe atomique, images du 20 heures de Pujadas sont accompagnées de messages subliminaux avillissants du style "Obéissez-moi"ou "Votez pour Sebastian". Et alors qu'il nous semble impossible d'écouter à la maison l'album complet du pensionnaire d'Ed Banger, force est de constater que le live fascine, enivre et nous laisse pantois jusqu'au dénouement final et fatal. Vous avez dit grosse claque?

La soirée est loin d'être finie mais pour GMD il est temps d'aller au lit. Cette année encore, le niveau général était haut et  plutôt varié. L'édition 2012 moins minimale et allemande que d'habitude permettait en fait de goûter à une plus large palette de genres et c'était plutôt bien vu de la part des organisateurs. Bref, rendez-vous l'année prochaine.