Micro Festival 2012

Espace Nord, Liège, le 04-08-2012 | par Duke le 22-08-2012

A Liège, on a l'accueil chaleureux, l'accueil facile, la porte ouverte et les bras davantage. Aller au Micro Festival, c'est un peu comme aller chez soi, en terrain connu, sans courir le risque de se perdre dans le flot de milliers de festivaliers à l'air paumé qui pétrissent la boue ou font soulever la poussière. C'est en tout cas l'impression que j'ai eu la première fois que j'ai franchi le pas de la porte de l'Espace Nord dans le quartier Saint-Léonard. C'était l'année passée.

Deuxième fois cette année donc que je franchis l'entrée, modestement installée dans une caravane reconvertie, et que je pose mes semelles dans la cour pavée. Deuxième fois que je me dis que l'existence de ce festival, situé au milieu de ces rues populaires aux façades serrées, à l'air tellement improbable. Et pourtant... On y arrive comme un gosse qui se rend chez son pote d'enfance: en prenant l'entrée de service. On pose son vélo contre la haie, on file direct dans le jardin où sa mère nous amène des cocas et on tape dans le ballon avec les autres déjà présents en faisant gaffe de pas piétiner le chien qui est dans le jeu de quille.

C'est également la seconde fois que je me dis que l'affiche de ce festival est vachement bien léchée, qu'on aura droit à des trucs vachement cools sans pour autant jongler avec un programme serré comme un vagin d'anguille et sans courir dans tout les sens. Un chapiteau unique et le reste du site transformé en bar géant avec ses multiples espaces de détente, qu'ils soient faits d'herbe, de bancs de brasseurs ou de mobilier recyclé, et qui servent à assurer les transitions entre les passages des artistes. Une chose à la fois, histoire de savourer sa journée, de profiter du soleil ou de déblatérer des conneries autour d'une mousse, sur les prestations bonnes ou mauvaises auxquelles ont vient d'assister.

Parlons-en justement de ces prestations. Je dois l'avouer, seul les Monsters étaient déjà barrés sur ma liste des groupes à découvrir. On peut même les qualifier de "classique" pour toute personne fan de rock 'n roll, de garage. De shitty rock 'n roll plus exactement, un truc à faire décoller le chapiteau. Et c'est exactement ce qu'ils ont fait, forts de leur deux batteurs. Le Reverend Beat Man, à la tête du groupe et du label suisse Voodoo Rhythm Records, avec sa gueule de spermatozoïde fané, s'est démené comme un beau diable, envoyant à travers la rape à fromage un son parfois à la limite du punk. Résultats garantis. Perte de contrôle dans la fosse. Les visages se crispent de plaisir, la gueule déchirée par l'apparente violence du son. Les bottes cognent le sol. Sous les pavés, la rage.

Le gros coup de coeur, car agréable découverte, ce sont les Räpe Blossoms tout en tension malgré une heure de passage assez précoce à mon goût. Les mecs ont balancés un post-punk autiste devant un public un peu clairsemé, mais on entendra clairement parler d'eux dans les mois à venir. Et si c'est pas le cas, bordel, je me retire dans un couvent à Malonne parce que ce sera la fin du monde et qu'il n'y aura pas une seule bonne âme à sauver mis à part quelques culs fiévreux de bonnes soeurs. Excellent surprise également avec Gablé qui se ballade d'un paysage sonore à l'autre en utilisant en live une palette d'instruments (ou plutôt d'objets sonores) des plus originale. La parfait rencontre entre la pop Walt Disney, tantôt bucolique, tantôt angoissante, de The Books et le hip-hop malin de Why?.

Dans la catégorie "peut mieux faire" par contre, on classe Colin Stetson qui aurait gagné a être accompagné d'une petite section rythmique histoire de garder sur scène le percutant de ses albums. Les réactions sont mitigées, certains adorent, d'autrent préfèrent retourner s'en jeter un petite. On saluera ceci dit la performance du gars, seul sur scène avec son énorme saxophone basse mais on préfère filer taper dans la distro de Voodoo Rhythm dans l'espace détente. Enfin, le gros WTF de la soirée avec Bonaparte qui cache son punk discoïde de base sous une épaisse couche de paillettes. Le spectacle surréaliste avec des costumes pire que dans Le Cirque du Soleil nous tient scotchés sur scène, un peu malgré nous...

On s'en veut de ne pas être venu voir Bloodshot Bill la veille au soir et de rater Jason Forrest le soir même pour l'after party à la Caserne Fonck mais la direction de GMD nous a catégoriquement refusé de prendre en charge les frais d'hôtels. Impossible dans ce cas de travailler dans des conditions optimales et tu auras, cher lecteur, une review quelque peu tronquée. Quoiqu'il en soit, on repart conquis cette année encore en serrant contre son coeur ce merveilleux concept d'une programmation pointue dans un cadre accessible et on se met à espérer, secrètement, que le festival ne sera pas trop vite victime de son succès.