Girl Talk

Bruxelles, Le Botanique, le 24-03-2009 | par Jeff le 28-03-2009

Lors de la dernière édition du Pukkelpop, cet illuminé du bulbe de Girl Talk avait donné un concert explosif et mémorable dans un Dance Hall malheureusement trop grand pour lui, les quelques centaines de curieux qui s'étaient rassemblés dans une tente qui peut en accueillir plusieurs milliers ne permettant pas de recréer cette ambiance de proximité si chère au roi américain du mash-up. C'est dire l'excitation qui habitait les trois cents motivés, jeunes et moins jeunes, qui avaient bravé le froid bruxellois et investi ce mardi la petite Rotonde du Botanique, on l'imagine chauds comme des baraques à frites un soir de Carnaval.

Mais c'était sans compter sur un petit détail qui a son importance: exception faite de quelques kids dont la perspective de se lever le lendemain avec une gueule de bois carabinée n'était pas à l'ordre du jour, une bonne partie du public semblait certes enthousiaste, mais pas aussi relâchée qu'elle aurait pu l'être un samedi soir après une bonne quinzaine de mousses. Fort heureusement, cet élément perturbateur n'a pas entamé la motivation d'un Gregg Gillis complètement illuminé et qui a envahi la scène telle une furie aux alentours de 20h30.

Et là, en quelques secondes à peine, les fans les plus acharnés du natif de Pittsburgh se sont sacrifiés à ce qui est désormais une tradition dans les concerts de Girl Talk: entourer l'artiste sur scène tout au long de sa prestation – un rituel que n'avaient d'ailleurs pas vraiment apprécié les molosses en charge de la sécurité au Pukkelpop. Clairement, Girl Talk carbure aux bonnes vibrations envoyées par son public, et à l'image de celui-ci, l'artiste est monté en puissance tout au long de son concert. Certes, ses prestations sont beaucoup moins techniques que ses albums ou un seul morceau peut parfois être composé d'une trentaine de samples ou extraits vocaux, mais il n'en reste pas moins qu'en 80 minutes, ce sont 40 années de culture populaire qui ont été maltraitées par le laptop de Girl Talk. Hip hop, charts, rock, electro ou vieilleries ringardes ont pris part à un gang bang sonore complètement improbable et haut en couleurs, et c'est le public qui ne s'en est pas plaint – l'odeur de fennec qui planait dans la Rotonde du Botanique au terme de la prestation le prouvant. Impossible de vous nommer tous les artistes qui ont défilé lors du concert, mais la simple évocation de Lil' Wayne, Kelly Clarkson, AC/DC, Sleeper, Daft Punk, Elton John, The Ramones, Beyoncé et Roy Orbison devrait vous donner une petite idée du bordel sonore élaboré par l'esprit complètement fantaisiste de Girl Talk.

Au final, outre les faciès béats et humides du public bruxellois, on retiendra surtout le choix assez criminel du Botanique qui a programmé un mardi à 20 heures un artiste qui aurait probablement foutu un souk indescriptible s'il avait déboulé un samedi soir sur le coup de deux heures du matin. Mais les visites européennes de Girl Talk sont tellement rares qu'on a pas fait les fines bouches.

Illustration: Kmeron

www.myspace.com/girltalkmusic