Zwangerschap vol. 3

Zwangere Guy

 |  2017
7 / 10
par Jeff  |  le 24 avril 2017

On connaît l'écueil classique du side project: on prend congé de ses copains pour au final pondre un truc qui ressemble à s'y méprendre à ce pour quoi on est s'est fait connaître avec lesdits copains. Mais comme on peut partir du principe que n'importe quel projet musical est une improbable collection d'égo un peu surdimensionnés, on peut comprendre que le besoin de prendre l'air se fasse sentir, quitte à ce que ce soit le fan qui y perde un peu en qualité de produit ou en lisibilité de carrière. Par contre quand l'escapade sert à pondre un produit à haute valeur ajoutée, ou pouvant au moins se targuer de proposer quelque chose de différent, il y a toujours un vrai plaisir à lui donner sa chance. Et c'est le cas avec Zwangere Guy, a.k.a. Gorik van Oudheusden a.k.a. Omar G., a.k.a. un des emcees de l'un des groupes les plus passionnants de la scène hip hop belge, Stikstof - pour ceux qui ne connaitraient pas le phénomène, cette lecture s'impose. Et donc, loin de proposer un hip hop que l'on pourrait rapprocher à des groupes comme Antipop Consortium ou Shabazz Palaces comme c'est souvent le cas avec Stikstof, Zwangere Guy préfère proposer une mixtape qui résonne comme un hommage à une jeunesse formatrice, probablement passée à écouter du Mobb Deep, du Nas ou du A Tribe Called Quest. Et dans ce sens, on retrouve régulièrement sur Zwangerschap Verlof vol. 3 cette même fraîcheur qui habitait 1999, la toute première mixtape d'un certain Joey Bada$$. Un rap qui rend hommage aux ancêtres certes, mais le fait avec suffisamment d'intelligence pour ne pas sonner daté dès le troisième titre. Cette intelligence, c'est elle qui a également poussé Zwangere Guy a ne pas jouer que cette seule carte passéiste - après tout, il joue dans un des crews le plus "forward thinking" du Plat Pays, ce serait con de ne pas en profiter. Aussi, les accents de modernité et les clins d'oeil à Atlanta ou à une certaine scène indé américaine se font discrets mais se révèlent indispensables pour donner un véritable souffle à Zwangerschap Verlof vol. 3. Et puis la dernière force du projet, c'est l'esprit d'équipe qui s'en dégage. Parce que si c'est pour prendre du bon temps, autant le faire avec des potes qui comprennent votre démarche et s'inscrivent totalement dans celle-ci plutôt que provoquer un changement de cap involontaire: et les bros de Gorik van Oudheusden se prénomment Roméo Elvis, les rookies prometteurs de Le 77, ce bon vieux Crapulax ou un certain Jan Paternoster, qui n'est autre que le guitariste et chanteur de The Black Box Revelation. A leur manière, ils donnent tous une couleur particulière à un projet qui ressemble vraiment à un certain Bruxelles, et qui n'a pas prétention de réinventer la roue, mais a suffisamment de balletjes dans le caleçon pour qu'on ne s'ennuie pas une seule seconde.