Wireless - Live at The Arnolfini, Bristol

Biosphere

Touch  |  2009
7 / 10
par Simon  |  le 21 août 2009

Si l'on peut maintenant parler sérieusement d’ « ambient techno », il ne faut jamais oublier que Biosphere en fut l’un des pionniers les plus marquants dans ce satané début des années 90, aux côtés notamment d’un autre doux rêveur mieux connu sous le nom de GAS (ou Wolfgang Voigt c’est selon, qui, avec Nah Und Fern réinventa au milieu de la décennie l’art électronique minimal). Mais Biosphere c’est aussi des road-movies en haute altitude, des monuments à classer au rang de patrimoine ambient (Autour De La Lune, Substrata) ; bref Biosphere, c’est avant tout une patte unique au cœur du silence musical. Heureux donc seront les fans qui découvrent ici le premier enregistrement live du producteur norvégien, produit d’un concert donné en 2007 en l’honneur de son label, le géant Touch.

Si la musique ambient est avant tout une histoire de ressenti, l’expérience live du genre reste un moment de pur dépucelage auditif, un tracé qui s’avère facilité pour autant que son géniteur soit investi de quelques dons chamaniques pour vous emmener dans la transe. Nul ne possède mieux que Geir Jenssen les prérequis nécessaires pour investir la pièce d’un son enivrant et profondément évocateur. Ces qualités doivent tout à l’approche techno de son hôte, qui travaille les nappes avec un dynamisme qu’on imagine tout droit extirpé d’un paysage techno-dub. Soyons clairs, il s’agira bel et bien d’ambient dans la forme, mais cette vigueur et cette fraîcheur défie à un point tel les codes du genre qu’on serait presque tentés d’y voir là un regret techno. En effet, les percussions sont retenues en cage et ne s’échappent que rarement (« When I Leave », « Warmed By The Drift », que n’aurait pas renié le dubstep de Scuba) ; les nappes sont hautes et millimétrées à la manière d’un The Field qui n’aurait plus rien à apprendre du 21ème siècle (« Birds Fly By Flapping Their Wings », « Sherbrooke ») quand les samples ne sont pas carrément technoïdes façon Detroit («The Things I Tell You », « Moistened and Dried »).

Qu’il s’agisse d’une coïncidence ou non, cette prestation a été donnée à Bristol et transpire le vent techno, la froideur glacée du dub-ambient et les nouvelles cultures de la basse anglaise. C’est là que Biosphere est grand car il enferme la substance électronique pour nous la resservir en jaillissements ambient, il parle à ce qui se trouve derrière l’entité techno, à son cœur et à son esprit éternel. Biosphere connaît ces lieux comme son corps, et s’y perd comme nos têtes, sans demander plus à la musique électronique que tout ce qu’elle lui a déjà donné : une âme, une sensibilité et une universalité qui se retrouve toujours au-delà des mots, coincées entre un kick qui n’arrivera jamais et une salle bouche bée à l’unisson. Chapeau l’artiste.