When Machines Exceed Human Intelligence

Harmonic 313

Warp  |  2009
8 / 10
par Simon  |  le 16 février 2009

La sortie du fameux Reset EP de Flying Lotus en janvier de l’année passée avait complètement passé sous silence le retour aux affaires d’un autre grand homme du très estimé label Warp Records : Mark Pritchard et ses nouvelles aventures sous son pseudonyme Harmonic 313. Et pourtant EP1 annonçait de grandes choses avec son croisement entre abstract hip-hop, dubstep et orientations made in Detroit. C’est qu’avec le temps, il est difficile de passer outre le talent de beatmaker qui habite Mark Pritchard, mieux connu sans doute pour sa collaboration avec Tom Middleton sous le nom de Global Communication. Une carrière entière dédiée aux beats aventureux qui a transformé cet élève appliqué en précurseur d’une certaine école sonore, défendant sans cesse les bases d’un hip-hop rétro-futuriste.

Un chiffre a changé, Harmonic 33 devient Harmonic 313 et Mark Pritchard y trouve une occasion supplémentaire d’éclabousser l'auditeur de sa patte résolument visionnaire. Car notre Australien a trois passions en tant que musicien : le hip-hop, la culture anglaise de la bass music et Detroit. Dès lors, dresser un pont gigantesque entre les États-Unis et l’Angleterre s’est vite révélé essentiel pour la moitié de Global Communication, établir toutes les connections possibles entre la chaleur urbaine du son anglais et la froideur des constructions mathématiques de Detroit. Le tout donne un album à l’esprit bien trempé, une forme de manifeste transgenre pour la libération des frontières existant entre ces deux univers à priori inconciliables.

Il emprunte tout d’abord la précision chirurgicale des grands maîtres de la belle Detroit : Arpanet et son mutisme glacial ou Dopplereffekt et leurs visions cauchemardesques du grand vide intersidéral, n’hésitant pas pour la peine à recourir à des artifices mathématiques, insérant des vocoders polaires et autre résonances informatiques pour plonger l’auditeur dans le coma technologique emblématique de l’esprit qui habite cette ville et ses défenseurs. La basse ensuite : massive et solidement ancrée dans le sol boueux, elle vient comme un renfort fiable pour soutenir les constructions minimalistes et répétitives qui parcourent le disque dans sa totalité. Sans en faire des tonnes, comptant plus sur la précision du beat et de sa retombée, Harmonic 313 amène un disque imposant et fièrement référencé, qui ne trouve sa cohérence que dans les connections qu’il établit entre ces trois genres, point d’attache suffisamment important pour se permettre des écarts strictement abstract hip-hop, ou carrément avoir recours à des emcee pour des sessions purement hip-hop.

Finalement, tout était dans le titre : When Machines Exceed Human Intelligence, ou la tentative d’explication du mythe de l’homme-machine, chère à Detroit ainsi qu’à la scène post-kraftwerkienne. Observer de près comme de loin les possibilités offertes par les engins technologiques pour y comprendre le rapport qu’il existe entre l’homme et ce qui lui sert d’instrument, voir jusqu’où l’ordinateur reste l’extension du bras humain. A défaut d’apporter une réponse définitive à notre question, Harmonic 313 donne une piste supplémentaire, à analyser de près, à n’en point douter.

Le goût des autres :

note : 77/10Jeff note : 88/10Soul Brotha