Welfare Jazz

Viagra Boys

YEAR0001  |  2021
7 / 10
par Gwen  |  le 19 janvier 2021

On a beau suivre les tribulations des Suédois depuis un bout de temps, on regrettera toujours de ne pas vous avoir présenté leur album Street Worms au moment de sa sortie. Mais qu’a-t-il donc bien pu se passer en cette fin septembre 2018 pour avoir ignoré ainsi cette entrée fracassante ? Un nouvel album de JuL sans doute.

Deux ans plus tard, l’affaire continue d’user la platine, avec son croisement de punk bâtard et de groove libidineux, d’humour acide et de gueule de bois bien méritée. À chaque tour, c’est l’occasion de se remémorer ces concerts improbables durant lesquels Sebastian Murphy s’amuse à incarner le beauf ultime en quelques étapes simples : câliner son bide à bière, essuyer son front huileux, vidanger des canettes – un peu dans le gosier, beaucoup par terre. Pendant ce temps, ses camarades continuent à mouliner dans la bonne humeur.

Désormais menottés à un nom de groupe qui ne complimente pas forcément leur œuvre, les Viagra Boys ont pris l’habitude de jouer sur le fil de la gaudriole, ridiculisant le macho de base en singeant des poses de chiens de la casse. Problème non négligeable : la réalité de Murphy n’était finalement si éloignée de ses performances scéniques.

De son propre aveu, Murphy était loin d’être un conjoint facile à vivre et ses addictions diverses laissaient peu de chance de survie à sa relation. Dans le jargon, on appelle ça « se comporter comme un parfait connard ».  Et lorsqu’il commence enfin à en prendre conscience, madame a déjà fait ses valises. Rares sont ceux pour qui l’année écoulée aura eu des effets bénéfiques. Pour Murphy, ce fut l’occasion de s’imposer du repos et de prendre du recul. L’absence de tournées signifie également moins d’occasions d’écourter ses nuits et de s’en foutre plein les narines. De plus, le gars s’avère suffisamment talentueux avec une aiguille que pour poursuivre son activité de tatoueur en toute tranquillité dans une Suède qui n’a jamais écarté les métiers de contact. Chaque membre a ainsi pu conserver son job, permettant au groupe d’envisager la suite avec plus de sérénité que beaucoup d’autres. Ce qui nous amène donc au résultat de cette mise au vert forcée. 

En une quarantaine de minutes, Welfare Jazz parcourt la mutation de Murphy en commençant logiquement par l’admission de ses dérapages passés. "Ain’t Nice" et ses airs de bad boy pathétique opère une transition naturelle avec leur premier album avant d’enchaîner avec l’interlude "Cold Play" qui rappelle à quel point la place accordée au saxophone de Oskar Carls les distingue de la masse des groupes post-punk-garage & Co qui pullulent ces dernières années et à qui on les a peut-être un peu trop vite assimilés. Tout du long, c’est lui qui sera le liant de la sauce et certifiera le jazz de ce Welfare, well… Jazz.

Sur "Toad" et sa rythmique lancinante empruntée à Suicide, Murphy prouve à nouveau qu’il manie le sarcasme sans effort, quitte à devenir sa propre cible. Well, I don't need no woman tellin' me / When to go bed and when to brush my teeth / Girl, if you ain't my mother, fanfaronne-t-il, probablement juste après s’être fait largué comme une bouse. Plus loin, Murphy retourne à son obsession absurde pour les animaux en mission confidentielle puisqu’après sa grenouille anti-radar de "Frogstrap", il nous présente ici son "Secret Canine Agent" qui mériterait sa propre série Netflix.

Ses divagations – parfois drôles, parfois cruelles, souvent les deux – prennent fin sur une note nettement plus tendre avec "To The Country" qui tente d’injecter un peu d’espoir à une histoire d’amour qui débute dans le caniveau mais aussi avec la reprise "In Spite of Ourselves" en compagnie de Amy Taylor, frontwoman de Amyl & The Sniffers, avec qui il forme le plus merveilleux couple de barakis intercontinentaux.

Entre le tapis synthwave de "Creatures", le disco-punk ultra efficace de "Girls & Boys" et des incursions americana à moitié convaincantes, les Viagra Boys déploient beaucoup d’énergie pour démontrer leur capacité à explorer de nouveaux territoires. Welfare Jazz n’est sans doute pas le joyeux uppercut balancé par Street Worms mais n’hésite pas à proposer des choses avec du cran et de la sincérité. De toute façon, tout ce qu’on leur demandera à l’avenir, c’est de ne pas virer Oskar.

Le goût des autres :