Welcome To Condale

Summer Camp

Moshi Moshi  |  2011
8 / 10
par Gwen  |  le 15 novembre 2011

Lui, binoclard à la mine blafarde, t-shirt volontairement ringard et cheveux-frites. Elle, poupée à la frange architecturale, robe de quatorzième main et lipstick de rigueur. A vue de nez, Jeremy Warmsley et Elizabeth Sankey déclinent toutes les coquetteries du hipster gonflant. Cependant, bien avant de dévoiler leurs minois à la une des blogs de modasses, cette paire-là avait déjà réussi à faire frémir le web grâce à une jolie reprise de "I Only Have Eyes For You". Sous le couvert d’une mystérieuse photo jaunie, ils lâcheront ensuite Young, un EP bien troussé qui les propulsera directement sur PledgeMusic.com, un site de production participative permettant aux artistes sans le sou de financer leur album grâce à la tirelire de leurs fans. Un système fort sympathique dans l’absolu mais qui prend régulièrement le risque d’accoucher de bouses sans nom ou qui, au hasard, se baptisent Grégoire.

Comme pouvaient déjà le suggérer les vidéos délivrées en amont, Welcome To Condale transpire la nostalgie fin seventies/début eighties avec ses films Super 8 où s’activent des bambins boudinés dans des maillots en laine et des jeunes parents jaugeant leur marmaille derrière des montures disproportionnées. Mais ce qui semble particulièrement inspirer Jeremy et Elizabeth, ce sont les adolescents en prise avec leur bouillon d’hormones. Du temps où il y avait encore des slows lors des boums, où le king de la cour de récré faisait tourner la bouteille avec l’angoisse de tomber sur l’attelage dentaire d’une grassouillette et où le slip qui criait famine pouvait soulager sa douleur en effleurant par mégarde la main d’une donzelle permanentée. C’est au cœur même de cette ambiance Champomy (probablement corsé au whisky de papa) que les boîtes à rythmes de Welcome To Condale entrent en œuvre, guidant les âmes pures vers leur première débauche.

Surf-pop aigre-douce, réverb outrancière, clappements de mains. A l’instar de Cults ou Best Coast. Summer Camp glisse sur un répertoire que les moins de vingt ans maîtrisent mal (voire pas du tout) et ne prend pas vraiment la peine de camoufler ses influences. Mais à quoi bon protester ? Le piège s’est déjà refermé. Vous fredonnez "1988" en pointant votre ticket de bus et ce soir, vous convierez votre petite femme à se pelotonner contre vous pour un "Losing My Mind" de la dernière chance. C’est frais et romantique, habile et sexy. Plutôt finauds, nos oisillons londoniens n’hésitent pas non plus à entailler leur bande originale de teen movie d’une poignée de morceaux à la noirceur improbable. Avec "I Want You", "Nobody Knows You" ou "Done Forever", les amourettes sucrées virent délicieusement aux troubles obsessionnels.

Le temps d'un album, Summer Camp parvient à nous faire oublier que la puberté fut pour la plupart d'entre nous une période de merde. Plus admirable encore, ils nous donneraient presque envie d'y retourner.