Weight of the World

MIKE

10k  |  2020
8 / 10
par Ludo  |  le 7 juillet 2020

C’est avec un réel enthousiasme que l’on suit la progression de MIKE au fil de ses projets. Celui qui avait commencé à rapper sur des boucles dépressives pour calmer ses frustrations et réapprendre à communiquer de manière sereine avec ses proches a continué de parcourir du chemin depuis son très bon Tears Of Joy paru l’année passée. La qualité de son écriture, concise et incantatoire, est toujours au rendez-vous, mais c’est dans des productions plus solaires que le rappeur au large sourire se présente désormais.

Sur des boucles déformées par ses soins (sous le blaze de Dj Blackpower) ou par ses ami·e·s, Michael Bonema donne l’impression d’écrire ses textes en rêvant, laissant ses idées s’associer d’elles-mêmes dans un patchwork infini de souvenirs. Et pour appuyer ce stream of consciouness déjà bien grisant, le leader du collectif sLUms n’hésite pas à surenchérir en émotions avec sa voix chaleureuse et grave, tantôt pâteuse, tantôt chevrotante.

Fidèle à lui-même, MIKE continue à nous parler de lui, sans que l’on sache vraiment s’il s’adresse à lui-même ou s’il inclut tous ses auditeurs qui grandissent à ses côtés. Toujours méfiant à l’idée de faire confiance aux personnes qu’il ne connait pas, MIKE reste fidèle aux siens et loue la bienveillance de ses proches. Tandis qu’il rend ici et là hommage à sa mère décédée (et à laquelle il dédiait son album Tears of Joy), MIKE transforme son cœur en pierre lorsqu’il s’agit de songer à se laisser tomber amoureux (le morceau « Love Supremacy »). Ce sont cette résilience et cette timidité qui rendent la musique de MIKE si touchante, un peu comme les notes éparses de Fernando Pessoa compilées dans son Livre de l’intranquillité.

C’est avec la participation d’une de ses idoles d’enfance, Earl Sweatshirt, que MIKE réussit à conclure son huitième album. Comme Kodak Black, Joey Bada$$ et d’autres petits génies qui ont éclos avant même leur majorité, Thebe Neruda Kgositsile est aujourd’hui un tonton du rap dont le bon goût se traduit notamment par des parrainages très judicieux - MIKE donc, mais aussi MAVI et Maxo. Il ne reste plus qu’à espérer un featuring de MIKE avec le dieu du rap sans refrain MF Doom et la boucle sera littéralement bouclée. En attendant d’avoir de ses nouvelles l’année prochaine, prenons le temps d’écouter l’album de MIKE avec le cœur. Car comme il le dit si bien sur le morceau « What’s Home » : « What's home if it isn't your heart? How he glow 'til he isn't a star? What y'all holdin'? Isn't it hard? »