Wedding Bells EP

Cashmere Cat

LuckyMe  |  2014
7 / 10
par Aurélien  |  le 17 février 2014

Finalement, Cashmere Cat est un peu le Norman Fait Des Vidéos de la trap: un type qui sait faire de l'argent avec un art qu'il maîtrise bien, qui lui permet de beaux placements de produit dans GTA V ou sur le prochain album de Ludacris, ainsi qu'une notoriété certaine auprès des amateurs de rap triste à la Drake ou Starlito. Et si son allure androgyne suscite les interrogations, sa musique elle, n'a pas manqué de scinder franchement la rédaction entre ceux à qui le Norvégien colle de gros papillons dans le ventre, et ceux qui vomissent les dérives niaises dont le bonhomme s'est rendu coupable depuis la parution de son Mirror Maru EP. Et vu les émules, peu de chances que le félin s'emmerde à modifier ne serait-ce d'un iota une formule qui fait pas mal de jaloux. Ce n'est donc pas par sa nouveauté que le Wedding Bells EP va briller, vu qu'on renoue avec une recette qui tire des ficelles vieilles de déjà plus d'un an. Si ces quatre titres fonctionnent aussi bien, c'est donc uniquement dû à la relative rareté discographique d'un Magnus Høiberg qui risque vite de se voir exiger une productivité démultipliée, et ce d'autant plus que sa signature chez LuckyMe lui promet de bientôt faire la pluie et le beau temps chez Warp. Pour l'heure, il faudra se contenter de retrouver ces gros drops qui pètent comme des bubble gum, ces mélodies pleines de pianos R&B dégoulinants de sensualité, et même un peu de flûte dans le second tiers d'un "Wedding Bells" qui fait violemment baisser notre taux de testostérone - et qui, en passant, figure probablement au rang des trucs les plus n'imp' qu'on ait entendu depuis le "Graze" d'Animal Collective. A la fin, les cœurs de guimauve se lèvent, sèchent leurs larmes, et applaudissent comme à la fin de Love Actually ou d'un concert de Yung Lean: ils sont contents, l'amour n'a toujours pas perdu. Mais gardons néanmoins ce bref éclair de lucidité alors que le générique défile: Cashmere Cat en a plus que ça sous la pédale. Et plutôt que ce romantique surplace parfumé à la cyprine, on aimerait bien qu'il nous surprenne un peu plus que ça. Sans quoi le schisme sévissant dans les bureaux de GMD sera vite de l'histoire ancienne. Une pensée qui en fait pleurer déjà quelques-uns, à n'en point douter.

Le goût des autres :