Weatherhouse

Philip Selway

Bella Union  |  2014
7 / 10
par Yann  |  le 21 octobre 2014

Pour cette chronique, je vais me faire plaisir et vous passer tout le discours autour de Philip Selway et de son rôle de batteur dans Radiohead. Parce que cela a déjà été écrit lorsque nous avons chroniqué le premier LP de l'artiste, Familial. Je vais plutôt m'intéresser à l'évolution musicale du bonhomme. En quatre ans, on constate que les compositions restent assez proches de la balade, mais s'enrichissent d'accents plus "pop progressive", ainsi que d'éléments qu'on peut rapprocher du jazz, tout en délaissant le format folk qui caractérisait l'album précédent. Les arrangements ont également bien évolué. La palette de sons s'est étoffée d'un peu d'électronique, de filtres divers sur la voix. Les guitares et percussions sont plus travaillées, et d'autres sons de cordes (contrebasse, violon) rajoutent à l'ensemble un peu de richesse qui manquait cruellement dans le précédent disque. Est-ce que c'est réussi? Ce n'est pas raté, en tout cas. Comme pour "By Some Miracle" qui ouvrait Familial, le premier single "Coming Up For Air" est une excellente entrée en matière sous la forme d'un morceau de pop avec une belle montée en sons et en émotions. A l'inverse de "Familial", la suite révèle également quelques bonne surprises : "Miles Away" déploie une ambiance crépusculaire dans laquelle on se laisse volontiers plonger, "Around Again" tire profit d'un jeu de batterie un peu "free" qui donne pas mal de peps au titre, "Ghost" joue sur la corde mélancolique à l'aide d'un refrain plutôt entêtant, tandis que "Drawn To The Light" tire le maximum de quelques accords d'un clavier au son très 80's (on pense à Kate Bush ou Peter Gabriel). C'est pourtant aussi sur ce titre qu'on constate le plus gros défaut du disque : les limites de la performance vocale de Philip Selway. On sent clairement l'interprète pas totalement à l'aise au chant, ce qui donne un rendu final très scolaire. Pour peu que le titre soit un peu moins intéressant, le résultat final devient alors très médiocre ("Turning It Inside Out" ou "It Will End In Tears", à la structure pop trop classique). Quand on parle des projets solos des membres de Radiohead, on se demande toujours quelle est la contribution de chacun au son du groupe. Ce qui apparaît clairement dans cet album, c'est que le son des premiers albums de Radiohead a clairement contribué au son de ce nouvel album de son batteur. On ne va pas s'en plaindre.