WARM

Jeff Tweedy

dBpm Records  |  2018
7 / 10
par Jeff  |  le 12 décembre 2018

Depuis la masterclass en sobriété que fut Sky Blue Sky en 2007, j'ai de plus en plus de mal à me passionner pour Wilco, un groupe qui vieillit plutôt bien certes, mais qui a au passage a complètement laisser tomber son envie de confronter un ADN country / folk à des envies d'expé ou de noise. Moins diplomatiquement dit : en 2018, Wilco m'emmerde gentiment et le Wilco de Being There, A Ghost Is Born ou Yankee Hotel Foxtrot me manque, terriblement. Parce qu'au final, c'était tellement mieux quand Jeff Tweedy était un zombie croupissant au fond du trou, rongé par les addictions et la dépression. Une descente aux enfers et une sortie de galère qu'il raconte dans un autobiographie qui vient de sortir il y a quelques semaine à peine (Let’s Go (So We Can Get Back): A Memoir of Recording and Discording With Wilco, Etc.), et dont WARM est présenté comme le compagnon musical. Un disque en solitaire qui, comme on peut se l'imaginer, est plutôt centré sur l'épure que la bruyante bamboule. Bref, on tient là une bonne raison de bien se faire chier à moins de penser que les albums préférés dans la discographie du groupe sont Star Wars et Schmilco.

Pourtant, avec l'élégance et la simplicité des plus grands, Jeff Tweedy démontre qu'il a encore beaucoup de choses à dire sur lui et le monde qui l'entoure, et que derrière leurs airs de pas y toucher, les ballades et ritournelles folk qu'il pond parviennent encore à nous toucher, quand bien même on n'y croyait plus. Conscient qu'il en dit probablement déjà beaucoup dans ses mémoires, Jeff Tweedy va à l'essentiel sur WARM, laissant sa voix légèrement usée et des arrangements discrets (mais terriblement judicieux) mettre en valeur un savoir-faire qui se suffit à lui-même et qui n'a visiblement pour vocation que de satisfaire le niveau d'exigence habituel de son seul géniteur. Cette plénitude et cette sagesse qui l'animent sont résumées en ces quelques phrases entendues sur "Having been is no way to be" : Now the people say / What drugs did you take? / And why don't you start taking them again? / But they're not my friends / And if I was dead / What difference would it ever make to them? Un beau scud à l'adresse du fan lambda de Wilco dont je fais partie et qui, comme trop de fans, cache un sombre connard exigeant derrière des airs d'amoureux transi.

Le goût des autres :