Tunng presents... DEAD CLUB

Tunng

Full Time Hobby  |  2020
7 / 10
par Quentin  |  le 2 décembre 2020

L'anthropologie n'est pas tant la science qui étudie la façon dont on vit que celle qui analyse comment on meurt. Il existe des milliers de sociétés, d'ethnies, chacune ayant développé un rapport à la vie, et donc à la mort. Il y a d'un côté une réalité quasi objective, la planète terre que partagent tous les êtres humains et de l'autre côté une immense inconnue, source de fascination. Sam Genders est depuis longtemps captivé par le sujet, "pas pour des raisons macabres, mais par curiosité pour l'objet fondamental de l'existence". Entamé en 2018, Dead Club est défendu comme un projet plus que comme un album conçu par Tunng. Au centre de Dead Club, il y a évidemment l'album de 12 titres, mais aussi une série de podcasts qui à travers des discussions avec des philosophes, des scientifiques ou des travailleurs et travailleuses de première ligne explorent les tabous de la fin de vie à la fois sous des angles familiers ou inattendus. L'ironie du sort, c'est de sortir ce projet à une époque marquée par l'apparition d'un virus qui frappe la planète à l'échelle mondiale.

Séduisante à leurs débuts, la folktronica de Tunng s'était rapidement essoufflée, en grande partie à cause du départ de Sam Genders, cofondateur du groupe, en 2007. Il y a donc un côté rassurant à voir qu'il a réintégré la formation depuis 2018 pour la composition de Songs You Make At Night et que Tunng peut de nouveau compter sur la paire Mike Lindsay - Sam Genders. Face à la mort, il y a toujours cette question de la posture à adopter, ce souhait d'être solidaire de la bonne manière devant le chagrin des autres. Rapidement, on est frappé par la capacité de Tunng à traiter de ce sujet avec un naturel si léger. Loin d'être larmoyant, Dead Club se présente comme une manière douce d'aborder un sujet lourd. Comme pour donner un aspect solennel à ce projet, les arrangements sont plus discrets que ceux des albums précédents. Les guitares et les pianos apparaissent comme des instruments de premier plan, soutenus par une electronica légère qui vient créer les fonds sonores. "Carry You", "Tsunami", "Woman" illustrent parfaitement ce propos. Mais Tunng ne quitte pas pour autant ce qui a contribué à créer son univers, "Death Is The New Sex" est typiquement la recette de la folktronica autour de laquelle le groupe s'est construit. "Three Brids" rappelle plus les arrangements vocaux classiques du groupe que la comptine sur la peste qu'elle est en réalité. Et puis surtout, il y a toutes ces bribes de discours intégrées à l'album. Toutes ces paroles qui font de Dead Club un vrai témoignage, une trace humaine sur la réflexion menée par Tunng.

Rien que par l'exercice qu'il propose, Dead Club est une réussite. L'album est intime et pourtant universel. Il donne l'impression d'un cocon réconfortant alors même qu'il traite d'un sujet tabou, souvent effrayant. Et puis surtout, on est content de voir Tunng reprendre les éléments qui nous avaient accrochés sur les premiers albums, sans avoir l'impression de forcer. C'est certain, la folktronica symbolise une époque et un style un peu dépassés, mais qu'importe, Tunng a choisi de s'y accrocher et puis surtout de continuer à composer des albums qui prouvent qu'ils avaient raison de le faire.

Le goût des autres :