Tributaries

Fredrika Stahl

Jive Epic  |  2008
8 / 10
par Adrien  |  le 15 décembre 2008

Dans le sillage de Diana Krall, une ribambelle d'artistes jazz fait actuellement bonne figure. Outre les Michael Bubble, Jamie Cullum, Stacey Kent et autre Robin McKelle qui symbolisent l'aspect marketing et notoire du Jazz vocal, d'autres artistes, aux textes et mélodies plus intimistes, ne sont pas en reste. Ici présente, Fredrika Stahl, jeune Franco-suédoise de 24 ans, nous dévoile sa vision bien personnelle de ce genre musical, entre alacrité et mélancolie, audace et malice. Après un Fraction of you d'une suavité et d'une maturité étonnante, Miss Stahl nous revient avec un deuxième album, Tributaries. Ou tradition rime avec modernité.

Loin de l'archétype même de l'album jazz, ce nouvel effort montre toute la volonté de l'artiste à ne pas se cantonner à un genre précis. Tributaries vogue ainsi entre sonorités jazzy, funk, soul, bossa, et ce sans complexe. Du big band de "Monumental mismatch" aux accents folkloriques de "Dino oegon blae" (chanté en suédois) en passant par l'implacable "Irreplaceable" et ses résonances funk, il n'y a donc qu'un pas.

Véritable hommage à la diversité musicale, Tributaries déborde de bonnes intentions. Déjà, force est de constater que l'album parvient à doser savamment mélodies effrénées et mélancoliques, le tout avec une déconcertante facilité. Car si la chanteuse franco-suédoise vient tout juste d'honorer son vingt-quatrième printemps, elle dispose d'une évidente maturité qui lui permet, avec cet album, d'affirmer ses aspirations jazz, funk, soul, blues, le tout dans un charivari d'allégresse et de douceur. Exquis.

Considérée comme la petite soeur de Lisa Ekdahl, Fredrika Stahl n'a certainement rien à envier à cette dernière et sa voix nasillarde ô combien assommante (le décevant Lisa Ekdahl and The Peter Nordahl Trio, pourtant porté par l'excellence instrumentale des trois Norvégiens). A l'écoute de titres tels "I'll win your heart", on pensera plutôt à An Pierlé et son onirique An Pierlé & The White Velvet ou à la sensuelle China Forbes de Pink Martini à l'occasion du très rétro "Oh sunny sunny day".

D'où le bémol à cet album particulièrement riche de contenu: comment situer sa génitrice tant les influences s'avèrent nombreuses? Un éclectisme prononcé qui rendra sceptique les puristes, la question à se poser étant: nouvelle étoile du jazz ou artiste talentueuse au non-conformisme insolent? Les deux, évidemment!