Transiro

Le Motel

Maloca  |  2020
6 / 10
par Jeff  |  le 29 janvier 2020

Désormais connu de nos darons et de nos petites cousines pour ses deux albums avec Roméo Elvis (et un peu moins pour ses collaborations avec Veence Hanao), Le Motel aurait pu jouer la carte de la facilité et s'astreindre à un rôle de faire-valoir pour le gotha d'un certain rap francophone. Mais heureusement pour nous, Fabien Leclerq a trop de personnalité et trop de marottes incompatibles avec le cahier des charges du rap de 2020 pour se cantonner à ce rôle en décalage évident avec son niveau d'ambition. Raison pour laquelle le Bruxellois revient avec un nouvel EP, qui sort sur un label fraîchement créé pour l'occasion : Maloca Records. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la démarche est intéressante, car elle nous éclaire sur la manière dont il semble avoir envisagé son incursion dans le monde extrêmement normé du rap mainstream : si cette période a été riche en enseignements et en cachets mirobolants, elle semble surtout avoir cimenté son amour pour ces musiques qui le faisaient le plus bander avant que sa collaboration avec Roméo Johnny Elvis Kiki van Laeken ne se concrétise sur disque.

Ainsi, en 2016, à la question de savoir quels étaient ses disques de chevet, le producteur nous sortait de son chapeau Music Has The Right To Children de Boards of Canada, Crooks & Lovers de Mount Kimbie, Double Cup de DJ Rashad, Saint-Idesbald de Veence Hanao et Psychedelic Sanza de Francis Bebey. Cinq albums que, quatre ans plus tard, on n'a aucun mal à retrouver dans les six titres de Transiro, comme si sa période "strictly hip hop" n'avait été qu'une longue parenthèse qu'il lui tardait de refermer. Car avec Transiro, Le Motel nous donne l'impression de sortir un disque qui appartient davantage à 2016 qu'à 2020, avec toutes les mises en garde que cela peut présupposer. Dans une économie culturelle qui prête beaucoup moins d'attention au post-dubstep ou au footwork, Le Motel continue de taper sur ces mêmes clous, avec l'abnégation d'un producteur qui croit encore que ces genres ont une quelconque pertinence. Qu'on ne s'y méprenne pas : si Gold Panda, Machinedrum ou Mount Kimbie n'intéressent plus grand monde de nos jours, cela ne veut pas pour autant dire que cette musique, et plus spécifiquement celle du Motel, n'a plus rien à raconter - écouter un titre aussi impeccable que "Tewahedo", c'est se convaincre du contraire en moins de quatre minutes chrono. Disons plutôt que pour un artiste aussi doué que lui, qui avance comme modèles des structures à la vision aussi novatrice et avant-gardiste que Príncipe, Nyege Nyege Tapes, ou Enchufada, on est en droit d'attendre autre chose. Et on est d'autant plus critiques et exigeants qu'on sait Le Motel tout à fait capable d'incarner une musique électronique qui vit dans le présent et préfigure l'avenir plus qu'elle ne célèbre le passé.

Le goût des autres :