Tides of Mind

Oxia

InFiné  |  2012
note : 7
7 / 10
par Simon  |  le 10 mai 2012

On pourrait jouer les mystiques, faire comme si on connaissait Oxia depuis notre plus tendre enfance, de sa première plaque jusqu’au présent album, mais c’est en fait bien faux. Du Français, on connait seulement l’éternel « Domino » et une place bien au chaud dans toutes les affiches de festivals électroniques, ni trop haut, ni trop bas. Et ce n’est pas faute de se gaver d’électronique. Homme de scène convaincu, Oxia a surtout fait de ses prestations le cœur de sa réputation – et à ce niveau-là on confirme que le mec a quelque chose de mémorable. Ah oui, on se souviendra aussi que Olivier Raymond fait partie de la grande famille un poil classieuse de la scène électronique française. En gros, Oxia c’est comme Al-Quaeda: une grande nébuleuse dont on entend parler un peu partout sans jamais pouvoir véritablement mettre la main dessus. Un statut d’homme-mystère qui fait de son disque un des objets sur lesquels on se devait de s’arrêter, histoire de faire tomber le masque sur base d’un long format qu’on espérait représentatif et inspiré. Et il ne faut pas cinquante écoutes pour cerner ce Tides of Mind : son producteur est français - on y reviendra -, il est trop proche d’Agoria et possède un background assurément imposant.

Tides of Mind, c’est de la deep-house made in France: carrée, lumineuse à outrance, extrêmement bien produite mais outrageusement scriptée. On pourrait s’arrêter là tant le constat explique le disque, mais tout cela demande un peu d’explications. Onze titres calibrés selon un mode de composition qui requiert rigueur et sens du groove. Ici, la lumière entre de partout, tout le temps, et laisse apparaître un disque fait de verre et d’acier. La deep-house d’Oxia chauffe dès le deuxième titre, pose peu de questions et donne beaucoup de réponses. Ce disque débite du bois en été, les pieds dans le sable. Aucun écart n’est permis dans la composition sinon le temps de réajuster son short pour mieux groover de côté. C’est presque militaire dans la manière de ne pas décevoir dans la continuité, d’entrevoir les titres comme de longues plages où tout se tient, et pourtant où tout aurait du cœur. Et c’est peut-être là le grand talent d’Oxia, de garder l’innocence et la beauté pure de la forme dans un carcan formel parfois trop exigu. Mais ça marche, plutôt bien sur certains titres même.

Le problème vient peut-être de cette sacro-sainte obsession qu’à la scène française à composer de manière horizontale, à mettre tout au même niveau, à traquer le mystère dans tous les coins du disque pour le vider de sa superbe. Agoria ou The Hacker ont toujours composé comme cela, Laurent Garnier fonctionne de la même manière depuis quelques années également: on met en forme avec un soin trop grand, on égalise pour que rien ne soit découvert sur la longueur. Tides of Mind est aussi aiguillé qu’un bon Call of Duty, ce disque se construit comme une maison en LEGO : les murs sont lisses à l’extrême et les coins, anguleux à se péter un ongle. Le problème, c’est qu’on n’est pas dans un épisode des Sim’s, on attendait un peu plus de trouble au cœur de cette heure de son. Mais ne crachons pas dans la soupe, la patine au miel dont est couverte cette plaque suffira à en faire un bon disque pour les après-midi ensoleillées. A voir jusqu’où va votre désir d’aventure.

Le goût des autres :