Ti Amo

Phœnix

Loyauté  |  2017
8 / 10
par Dom  |  le 11 juillet 2017

Il est des disques que l’on écoute par mégarde. Coincé dans un train sans clim’, à deux sièges d’une clique de jeunes filles tout droit sorties d’un film de David Hamilton, référence condamnable si l’auteur de ces lignes n’était pas attiré par les mères de ces jeunes filles ; ces trois demoiselles ont pris place, l’air de ne pas y toucher, en première classe et écoutent aussi religieusement que leurs 16-17 ans rendent cela possible une pop acidulée lorgnant vers l’italo-disco - si tout du moins l’italo-disco avait été une chose subtile. "Ti Amo".

Cette pop évoque des cartes postales nostalgiques d’amour de vacances, de couchers de soleil, de glaces un peu trop colorées. Les mélodies nous jouent des 'je ne t’oublierai jamais' avec cette sincérité adolescente qu’un quadra aurait tendance à juger avec dédain, conscient que l’amour ne dure que jusqu’à septembre. Il n’en n’est rien, les chansons sont d’une naïveté désarmante et le vieux con repense à une Charlotte, à une Bérangère, à une Sophie. Trois amours de deux semaines, 6 trains de nuits, 10 lettres, 8 Cornetto et un demi-cœur brisé en médaillon. "Lovelife".

Les morceaux s’enchainent et on serait tenté de penser que c’est trop poli pour être honnête, que ces garçons de plage cachent quelque chose. L’ambiance tire vers les dégradés d’orange Spritz, à deux doigts d’un gala à Santorin. À deux doigts seulement, on reste au pelotage gentil mais déjà en dessous du polo Fred Perry. Les jeune filles connaissent déjà "Goodbye Soleil" par coeur, le vieux se dit qu’il est rassurant de voir des demoiselles qui ne sont pas attirées par les mauvais garçons ; se dit que plus jeune, il aurait eu sa chance ; se dit qu’il n’est plus à sa place, qu’il n’est plus qu’un voyeur.

"Fleur De Lys" déboule avec un esprit preppy mais festif et le ton est donné pour un déhanchement moins anodin que n’évoque cette pose qui veut d’être stylé avec un pull pastel noué sur les épaules. Quelques playboys bougent du cul gentiment autour de la piscine, l’happy hour n’a rien de la vulgarité d’un all-in. Cette facilité à faire danser les demoiselles avec cette propension à de toute façon rester au bar à mater, le vieux trouve ça malin. Plus jeune, il serait retourné à Milan, aurait abordé cette touriste néerlandaise. Se dit que plus jeune, il l'aurait invité à danser, cette monitrice du Club Mickey ; qu’il aurait eu sa chance.

Le mouvement ralentit, l’heure est aux promesses, aux serments de fin de séjour, aux derniers baisers, à une nuit inoubliable pour peu qu’on ait pas été trop lourd. Le vieux se rend compte qu’il n’a jamais écrit, n’a jamais rappelé. Il a bien des excuses mais là pour le coup, il n’est pas fier et la voix au téléphone parlant en italien n’est plus pour lui. La serveuse de l'Antica Pizzeria Fratelli Ricci lui avait pourtant fait du rentre-dedans, offert le dessert et singé de se la jouer Anita Ekberg dans la Fontaine de Trevi alors que lui avait toujours préféré Claudia Cardinale dans Les Pétroleuses. Il avait été gentil, charmant et était rentré seul. Il avait eu sa chance.

Le vieux n’entendra pas la fin d’un morceau lui évoquant un Pet Shop Boys chanté. Le charme sera rompu lorsque les trois jeunes filles, malgré leur sourire, n’arriveront pas à tromper un accompagnateur de train sourcilleux sans doute amateur de Coldplay et se devront de regagner un wagon d’une classe nettement inférieure à ce que Phœnix aura pu évoquer à un vieux navetteur en pleine canicule. Dur adieu.

Le goût des autres :