The Whole Love

Wilco

dBpm Records  |  2011
8 / 10
par Pauline  |  le 4 octobre 2011

Wilco est un groupe fascinant. À leurs débuts en 1995 avec l'album Wilco A.M, les Chicagoans jouaient une country un peu grasse sur les bords, très américaine et rock'n'roll. Déjà, ils sortaient du lot avec leur songwriting précis et la voix baignée de mélancolie de Jeff Tweedy. Ils étaient alors presque trop précieux pour être rangés dans la catégorie "country" ou "alt. rock".

La mélancolie, une certaine tristesse et une intransigeance constante : voilà les ingrédients qui ont suivi Wilco sur le très beau double album Being There en 1996 et sur Summerteeth en 1999. Jusqu'à l'incroyable apogée de leur carrière : le sublime Yankee Hotel Foxtrot, album de la rupture, de la dépression, de l'énergie pure et de l'exigence, qui a donné à l'époque un sacré coup de pied dans la fourmilière indie. Mélodies fulgurantes, perfection des arrangements de Jim O'Rourke, incroyable profondeur de la voix de Tweedy, Wilco a réussi un album clé atteignant un point d'équilibre fragile. L'état de grâce les a suivis sur le très beau A Ghost Is Born et Wilco est devenu l'un de ces groupes sur lesquels il faut compter. L'inspiration est belle, les morceaux sont toujours incisifs. Le tout est rythmé, un peu triste et terriblement enthousiasmant. Le tournant historique de Wilco s'est ensuite un peu essoufflé et, en 2007, ils ont sorti le plus tranquille mais toujours réussi Sky Blue Sky, plus folk, moins ambitieux, vrai retour aux sources des années 90. Wilco [the album] a confirmé cette vague plus intimiste et moins expérimentale et a fini d'engouffrer le groupe dans une nouvelle ère.

Deux ans plus tard, les revoici avec The Whole Love et ses nouvelles ambitions, ses nouveaux paysages à chanter. C'est leur premier album sur leur tout nouveau label, dBpm, et le sentiment de renouveau est omniprésent. À la production, on retrouve notamment Jeff Tweedy. Il y a une volonté de faire une sorte d'album autocentré, qui puisse remettre les membres de Wilco au cœur de leur projet musical. Ils cherchent une liberté totale, brisent toutes leurs chaînes, et ça donne ce Whole Love cohérent. "Art of Almost" rappelle certaines folies de l'âge d'or de Wilco. On pense immédiatement à l'incroyable "At Least That's What You Said" qui ouvrait l'album A Ghost Is Born. "Art of Almost" est exactement ce que les anglo-saxons appelleraient une statement song, une chanson qui dit quelque chose d'important sur l'évolution du groupe, sur son état d'esprit et sur l'album lui-même.

The Whole Love est donc une mise au point après la période des débuts 2000 et tout ce qui l'a entourée. On prend ce qu'il y a de meilleur dans chaque facette de Wilco et on mélange avec beaucoup d'ambition et de légèreté. Des morceaux faciles d'écoute et très up-tempo cohabitent très bien avec des moments plus difficiles qui font travailler activement l'auditeur. The Whole Love est tout sauf un album passif. Wilco en a fini avec les raccourcis des deux précédents albums. Ils n'ont pas peur de nous assommer avec des tubes absolus comme les magiques "Dawned On Me", "Born Alone" ou "Whole Love", ni de nous plonger dans des gouffres de tristesse entre deux tranches de bonheur ("Sunloathe", "Black Moon"). Wilco joue la carte de l'ascenseur émotionnel, comme à son habitude accompagné par des arrangements parfaits, une cohésion apparente, et la voix toujours sans défaut de Jeff Tweedy. Le groupe tâtonne, trouve de nouvelles idées, les expérimente, et décide parfois de rester en terrain connu. Si l''album débute avec un morceau qui exprime un besoin de changement ("Art of Almost"), elle se termine sur une ballade presque traditionnelle, qui rappelle que revenir aux racines peut avoir du bon ("Sunday Morning (Song for Jane Smiley's Boyfriend)"). En fait, Wilco ne choisit pas vraiment de camp et commence cette nouvelle ère DIY tranquillement, avec un bon album. Pas leur meilleur, pas leur plus mauvais, mais un agréable milieu.

Pas de question ici "d'album de la maturité" ou "d'album synthèse". Le groupe de Jeff Tweedy est en perpétuelle évolution, ne s'envisage qu'en mouvement. The Whole Love est avant tout un album enthousiaste, presque insouciant, mélange entre un entrain d'adolescent et le savoir faire d'adultes avec près de 20 ans de carrière au compteur. Et le mélange est plutôt heureux.

Le goût des autres :

note : 77/10Michael note : 77/10Julien L note : 88/10Laurent