The Resistance

Muse

Warner  |  2009
9 / 10
par Splinter  |  le 23 septembre 2009

Adeptes depuis plus de dix ans déjà de l'exubérance scénique, les Anglais de Muse se sont employés depuis quatre albums à appliquer leurs préceptes outranciers en studio. Depuis Origin of Symmetry en 2001 mais surtout Absolution en 2003, Matthew Bellamy et ses amis ont été souvent comparés à Queen, qui, dans les années 1970 et 1980, avait également érigé le mauvais goût et la démesure au rang d'art de vivre. C'est ainsi qu'à l'annonce, l'an dernier, de l'enregistrement d'un nouvel album avec l'aide d'un orchestre symphonique, un certain nombre de personnes a pu frissonner d'horreur en imaginant ce que le résultat pourrait donner. Et on devine ce qu'ils pensent de The Resistance, ce nouvel album, qui confirme tous les pronostics : Muse est bien devenu l'égal de Queen, d'ailleurs ouvertement cité comme référence dans les interviews, pour le plus grand bonheur des fans anglais, qui ont réservé une sortie triomphale à ce nouveau disque.

Très clairement, The Resistance pourrait revendiquer le titre de version moderne d'A Night at the Opera, le chef d'oeuvre de Freddie Mercury, sorti en 1974. "Resistance", par exemple, emprunte ouvertement à Queen ses fameux choeurs outranciers, tandis que "United States of Eurasia" et ses multiples mouvements, dont un refrain de musique orientale et intermède classique au piano (du Chopin !), n'est rien de moins que la "Bohemian Rhapsody" du 21ème siècle.  Transcendant toutes les influences du rock britannique, piochant aussi bien dans la pop électronique ("Undisclosed Desires"), le rock eighties bardé de synthés ("Guiding Light"),  le cabaret ("I Belong to You"), le heavy metal ("Resistance"), le stoner ("Unnatural Selection") et l'opéra (le triptyque "Exogenesis" en fin de disque), The Resistance apparaîtra pour beaucoup comme un gloubiboulga ignoble et indigeste, en somme un nouvel élément à charge contre la mégalomanie de Matthew Bellamy. Il est vrai que les sectaires et autres aigris ne comprendront pas que l'on puisse faire cohabiter Saint-Saens, ChopinBritney Spears, Josh Homme et de la clarinette sur un même disque. Et pourtant.

N'hésitant pas une seule seconde à tirer dans toutes les directions et à s'affranchir des règles classiques de la pop (titres à rallonge, multiples cassures, chant débridé), Muse reste un groupe parfaitement maître de son oeuvre, sûr de sa mission et de son talent de compositeur, de mélodiste hors pair, au point, cette fois, de n'avoir pas fait appel à l'aide d'un producteur extérieur. Comme Queen en son temps, Muse n'a que faire des critiques et convoque le meilleur de styles extrêmement différents, en parvenant sans aucune contestation possible à les faire vivre au sein d'un seul et même morceau, sans que l'ensemble ne pâtisse jamais d'un quelconque manque de cohérence. L'on pense ainsi également à Mansun qui, en 1998, avec Six, avait réussi à caser quelques notes de l'opéra Casse-Noisette au sein d'un disque hâtivement rangé du côté du rock progressif. Les amateurs de rock extraverti apprécieront.

Contrairement à Black Holes & Revelations, en 2006, qui manquait cruellement de liant, The Resistance possède une belle harmonie grâce à une seule et même thématique exploitée tout au long de l'album, celle de la lutte de l'individu contre la puissance collective ("Must we do as we are told? / You and Me fall in line / To be punished for unproven crimes" sur "United States of Eurasia") et une immédiateté assez hallucinante compte tenu de sa complexité et de son côté casse-gueule. Mais les mélodies accrocheuses et le chant habité de Bellamy font leur oeuvre. Cet album excellent démontre ce que l'on expliquait il y a plusieurs années déjà, à savoir que le groupe parvient à accoucher d'un album exceptionnel sur deux. Celui-ci vient donc se poser là, aux côté des mastodontes Showbiz (1999) et Absolution (2003). Vous n'y résisterez pas.

Le goût des autres :

note : 66/10Julien note : 33/10Julien Gas