The Hum

Hookworms

Domino  |  2014
8 / 10
par Jeff  |  le 8 décembre 2014

S’envoyer la dernière sortie estampillée Domino (ou l’un de ses imprints comme Double Six ou Weird World), c’est un peu comme passer la soirée dans son restau préféré. On connaît bien le chef, on sait qu’il aime le terroir et qu’il ne rechigne jamais à mettre la main au portefeuille pour s’offrir des produits de qualité. Certes, ce n’est pas le mec le plus créatif ou le plus extravagant qu’on connaisse, mais au moins avec lui, on a la garantie de passer une bonne soirée et de rentrer le bide bien plein et le sourire aux lèvres. En 2014, la maison londonienne a donc été fidèle à ses bonnes habitudes, en nous régalant avec les albums de Stephen Malkmus & the Jicks, Real Estate, Archie Bronson Outfit, Hamilton Leithauser ou Peaking Lights – sans parler de la tripotée d’excellents trucs dont ils assurent la distribution par chez nous.

Pour boucler l’année en beauté, c’est Hookworms qui s’y colle. Un groupe de Leeds que Domino a été piquer à Gringo Records, petit label de Nottingham qui avait sorti un précédent album (Pearl Mystic) déjà accueilli avec les honneurs en 2013. Mais plus que ce juteux transfert, ce qui importe le plus, c’est de réaliser qu’en douze mois, les Anglais n’ont pas changé leur fusil d’épaule et surtout, ils continuent de se maintenir à un gros niveau de qualité. Dans l’improbable course aux étiquettes, c’est Pitchfork qui a décroché la palme pour décrire la musique de Hookworms, en invoquant des termes comme "gonzo garage-rock", "scuzzy psych" et "free-form hypno-drone". Gros taf les mecs. N’empêche, si ça frôle un peu le ridicule, ça permet au moins de dégrossir le trait, et d’aborder Hum avec un minimum de certitudes. Nous on pense parfois à Electrelane, au Velvet Underground aussi. A My Bloody Valentine et à Sonic Youth évidemment. Une musique libre et aventureuse, vous l’aurez compris.

En rejetant le culte de la personne (peu d’infos sur le net, ils se font appeler par leurs initiales, etc), en inscrivant leur son dans une ligne intransigeante, et en privilégiant les atmosphères fiévreuses, les Anglais nous ont pondu un disque dense et entier, et qui s'inscrit dans le droit fil d'un prédécesseur qui avait laissé des marques sur pas mal de joues. Les moyens mis à sa disposition ont peut-être un peu augmenté, mais sa musique continue de flairer bon le DIY et une urgence que même la plus léchée des productions ne saurait gommer. The Hum a certes le bon goût de se laisser respirer, mais ne laisse par contre pas la moindre seconde de répit quand ça monte dans les tours, quand les guitares saturent, que les claviers pètent une durite et que la voix de MJ fait des cabrioles sur la corde raide - et là, bon courage pour savoir si on vous parle d'un gars ou d'une fille. En invoquant bien des fantômes tout en réussissant à ne sonner comme aucun autre groupe actuellement, Hookworms se bâtit une très solide réputation. Quant aux gens de chez Domino, ils font la nouvelle preuve de leur nez creux. Et puis il y a nous, pour succomber face aux coups de butoir assénés par les Anglais. L'un dans l'autre, tout le monde est content et c'est bien là le plus important.