The Definitive Ol' Dirty Bastard Story

Ol' Dirty Bastard

Elektra  |  2005
9 / 10
par Jeff  |  le 29 octobre 2005

Il faudrait être sacrément gonflé ou alors totalement inculte pour vouloir nier l’importance qu’a pu avoir le Wu-Tang Clan sur le hip hop. Grâce au seul et désormais mythique Enter the Wu-Tang (36 Chambers), le collectif new-yorkais a marqué de son empreinte l’histoire de la musique black américaine moderne et fait de ses neuf membres des monuments du genre. Malheureusement, ceux-ci ne furent jamais avares en contributions (souvent inutiles notamment dans le chef de Method Man) et autres projets parallèles (trop nombreux pour en parler ici) et avec les années, à chaque fois que le groupe se retrouvait dans les confins d’un studio, on avait la désagréable impression qu’il avait laissé son inspiration et sa motivation à la réception. Une situation qui l'a d’ailleurs mené au split il y a deux ans environ, et ce dans une certaine indifférence tant ses membres ne donnaient plus l’impression d’un groupe soudé depuis belle lurette.

Aussi, plutôt que de se concentrer sur le travail collectif, il est rapidement devenu bien plus judicieux de se tourner vers les efforts en solo. A ce petit jeu, on retiendra la B.O. de Ghost Dog par le maître à penser RZA, le Tical de Method Man, le Liquid Swords de Genius/GZA et surtout les albums du pire et plus regretté (puisque décédé) énergumène de la bande, j’ai nommé Ol’ Dirty Bastard. En effet, pour celui qui n’a jamais entendu celui qui se fait également nommer Big Baby Jesus, Dirt McGirt ou Osirus et ne le connaît que pour ses nombreux déboires avec le justice ou ses passages répétés en cure de désintoxication, il sera facile d’avoir une image détestable de l’artiste. Pourtant, ne pas écouter ses deux albums (Return to the 36 Chambers et Nigga Please) ou, mieux encore, cette compilation reprenant ses meilleurs titres, serait un véritable gâchis.

Tout d’abord, cela équivaudrait à passer à côté des braillements incessants et du flow tranché et tranchant de ce MC unique et unanimement apprécié. Tel un chien affamé et enragé, Ol’ Dirty Bastard braille, harangue, invective, se montrant souvent à la limite de l’agression verbale (son ‘sing it right now !!’ sur le refrain de « Got Your Money » par exemple). Une voix souvent incontrôlable qu’ODB est à de rares moments capable de maîtriser pour se muer en crooner psychopathe sur un morceau comme « Good Morning Heartache » qui le voit faire du gringue à Lil’ Mo avec un tant soit peu de tact et de retenue, une qualité qu’on ne lui connaissait pas.

Ensuite, cela voudrait dire que vous passeriez à côté de l’univers loufoque et déjanté de Russel Jones. Un univers unique que peu de producteurs ont réellement pu appréhender et explorer jusque dans ses moindres recoins pour en extraire le meilleur et la magnifier. On retiendra tout d’abord le compère et ami de toujours RZA qui est peut-être celui qui a le mieux saisi la complexité de ODB pour lui servir sur un plateau un premier album duquel sont tirés les désormais classiques « Shimmy Shimmy Ya » ou « Proteck Ya Neck II the Zoo » (« Brooklyn Zoo » étant quant à lui l’œuvre du seul ODB). Il y a ensuite les Neptunes qui, à une époque où ils ne fricotaient pas avec Britney ou Gwen Stefani (vers 1998 donc), étaient déjà bien occupés à construire ce son unique qui allait faire d’eux des millionnaires et à enchaîner les albums irréprochables. Ces sonorités simples et efficaces, on les retrouve notamment sur le tube « Got Your Money » ou sur la reprise incendiaire et sensuelle du « Cold Blooded » de Rick James.

Et si cette compilation est, comme c’est devenu la coutume, accompagnée d’un DVD, n’y voyez pas là un argument de vente imbattable. En effet, ne sont repris sur ce second disque que trois maigres vidéos et une interview tout à fait dispensable. Par contre, je vais conclure en vous fournissant l’argument décisif et la preuve irréfutable qu’Ol’ Dirty Bastard était doté d’un talent inégalable : il a réussi à rendre écoutable un titre de l’insupportable (et auto-proclamée) diva Mariah Carey (« Fantasy », présent sur ce disque). Si avec ça vous ne vous décidez pas…

Le goût des autres :

note : 99/10Soul Brotha