Teal Album

Weezer

Atlantic  |  2019
1 / 10
par Jeff  |  le 25 janvier 2019

Quand est sorti le White Album en 2016, on a été pris d’un espoir un peu fou : et si Weezer avait retrouvé une inspiration que le groupe semblait avoir paumée dans un bar de Beverly Hills en 1997. Trois ans plus tard, à l’écoute du Teal Album, le doute n’est plus permis : l’album blanc était une grosse erreur de parcours, au même titre que les deux premiers disques du groupe en fait. Car, avec le recul, on prend d’abord conscience de la fascination malsaine qu’exercent le Blue Album et Pinkerton sur des hordes de fans dont l’espoir de revivre des jours meilleurs est comparable à la foi qui anime un supporter de l’OM ou un électeur de François Bayrou. Ensuite, avec ce même recul, on réalise que ces mecs sont juste de gros beaufs bien conscients que, quoi qu’ils fassent, il y aura toujours suffisamment de couillons prêts à payer un bras pour les voir jouer leurs plus gros tubes - parcourez n’importe quel setlist de ces cinq dernières années, et vous remarquerez que Hurley, Raditude ou Maladroit sont aussi visibles qu’un rappeur dans une playlist France Culture.

C’est précisément dans cet élan opportuniste que doit s’inscrire ce Teal Album exclusivement composé de reprises, et probablement enfanté à la hâte histoire de voir si le "modèle Africa" est reproductible à l’infini. Pour rappel, c’est en réponse à des appels répétés sur Twitter que le groupe a enregistré sa version pantouflarde du classique indémodable de Toto que tout le monde aime détester - à moins que ce soit l’inverse. Ragaillardi par le regain d’intérêt dont il a fait l’objet et probablement las de jouer pour la millième fois « El Scorcho » ou « My Name Is Jonas » devant des quarantenaires nostalgiques, Weezer a choisi de remplacer ces titres dans son répertoire par des reprises de A-Ha, E.L.O., TLC ou Eurythmics - et, vous l’imaginez, les gars n’ont pas été piocher dans les faces B ou les titres les plus obscurs du catalogue. Déjà bien puante, la démarche est poussée jusque dans ses retranchements les plus cyniques avec l’existence d’un disque qui est l’équivalent musical de ce baiser de légende.

Malaisant d’un bout à l’autre et d’une indigence crasse, le Teal Album n’est pas la blague potache que certains essayeront de vous vendre : des reprises au treizième degré qui flirtent dangereusement avec le mauvais goût, il n’en manque pas. Certaines parviennent même à s'approcher du génie de l’original, à l’image de cette version du « Common People » de Pulp par William Shatner. Non, on est ici face à un projet d’une vacuité abyssale, un pitoyable karaoké dont l’écoute gêne tellement qu’elle efface nos velléités d’indignation. Pendant des années, on a eu des envies bien légitimes de « make Weezer great again ». Avec le Teal Album, on a compris que cela ne servait en fait à rien. Putain, les cons.

Le goût des autres :