Tainted Lunch

Warmduscher

The Leaf Label  |  2019
8 / 10
par Gwen  |  le 29 novembre 2019

Une fois n’est pas coutume, commençons par une bonne grosse auto-flagellation… et comme vous avez naturellement mal lu ce dernier mot, on vous laisse deux secondes pour pouffer devant votre écran. Reprenons. Nous vous présentons donc nos excuses les plus plates pour n’avoir pas su débusquer le gibier plus tôt. Les deux (excellents) premiers albums de Warmduscher nous sont complètement passés sous le nez, nous nous en voulons beaucoup et nous n’avons pas hésité à nous discipliner avec la plus grande sévérité en nous privant de dessert un soir. Voilà qui est fait. La bonne nouvelle, c’est qu’ils en ont sorti un troisième et que cette fois-ci, on l’a plaqué au sol.  

Ratissant d’anciens et actuels membres de Fat White Family, Insecure Men, Paranoid London et Throbbin’ Williams, cette fratrie de bâtards présente un CV qui rebuterait n’importe quelle future belle-mère. Le genre de rats d’égouts que le Sud de Londres biberonne à la kétamine et au mauvais vin entre deux exils forcés à la campagne, histoire de courir un peu tout nus derrière des vaches qui n’ont rien demandé (on vient de l’inventer celle-là mais ça semble plausible). Les mecs ont un goût vestimentaire douteux, une moralité précaire et l’intention manifeste de faire danser ces dames. Inutile de préciser que le sol de leur dancefloor est particulièrement poisseux. Et comme la plupart des livraisons de qualité en provenance d’Outre-Manche ces derniers mois (black midi, Kate Tempest, Squid, pour ne citer qu’eux), la production est une nouvelle fois signée Dan Carey, incapable de prendre deux jours de vacances consécutifs.

Accueillis par un Iggy Pop bien plus à sa place dans cette ronde de crapules que dans une pub pour Le Bon Coin, les "Rules of the Game" sont plantées dès la première minute même si le groupe n’a pas l’intention de respecter grand-chose au cours des trente suivantes. Car, oui, l’affaire n’occupera qu’une demi-heure de votre de temps mais elle ne la volera certainement pas. Les titres s’enchaînent dans un groove crasseux, guidés par une basse qui semble renifler la chasse d’eau en quête de la dernière particule de coke. Tainted Lunch est une glorieuse célébration disco-crade qui n’a beaucoup de sens si ce n’est le plaisir d’éprouver les limites d’une boîte à rythmes autant que celles de votre vieille voisine bigote.

À mi-parcours, Kool Keith surgit soudain de derrière une poubelle ("Burner"). On pourrait croire qu’il a atterri dans ce merdier par erreur mais Warmduscher a convenu de lui dérouler le tapis rouge et son amusement est palpable. La débauche se poursuit à plein jusqu’à ce que les lumières se rallument brutalement sur "Tiny Letters", une ballade à la mièvrerie assumée qui vous donnera l’envie de danser front contre front avec votre meilleur pote bourré. 

On n’ira pas jusqu’à dire que l’on jalouse le train de vie de ces mecs-là, mais on se réjouit qu’ils soient restés debout suffisamment longtemps que pour foutre le bordel à notre place.