Symmetry

Themes For An Imaginary Film

Italians Do It Better  |  2012
9 / 10
par Simon  |  le 26 janvier 2012

Symmetry a de quoi l’avoir mauvaise. Très mauvaise même. Peut-être parce qu’on n’a pas deux fois l’occasion de présenter une bande originale pour un blockbuster de la taille de Drive. Qu’importe, il n’y a aucune raison valable de râler sur le travail expérimenté, et plutôt bien adapté, d’un Cliff Martinez – surtout que notre héros y a quand même un poil contribué. Mais surtout parce que Themes For An Imaginary Film demeure, en dehors de toutes comparaisons, un très grand disque. Son concepteur est déjà un grand homme: boss du label Italians Do It Better (The Chromatics, Glass Candy,…) et furieux amateur d’italo-disco référencé, Johnny Jewel c’est le mec. Celui qui nous amène une des toutes premières gifles de 2012.

Trente-sept titres, deux heures de musique. Et toujours pas de sortie officielle. Ce qui devrait voir finalement le jour sous la forme d’un double LP se déguste aujourd’hui sur Soundcloud, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça impressionne. Musique pour thriller nocturne, Themes For An Imaginary Film se passe dans une voiture, c’est évident. La patte est européenne, l’ambiance américaine. Car ce disque, c’est d’abord la déclaration d’amour évidente à une tradition italo-disco vieille de bientôt quarante ans. Cette musique sort avec les arpeggio en avant, s’habille de vestes en cuir et prend tous les tournants synth-pop/ambient à la lice. La tentation du « tout cosmique » est omniprésente, c’est d’ailleurs sa grande force. Une sorte d’hybride kosmische musik qui joue sur les contrastes : son éclairage au néon, son impressionnisme glam 80’s, contre sa noirceur narrative.

Il n’y a rien de marrant dans ce Themes For An Imaginary Film, c’est même plutôt flippant quand on y pense. Une sorte de fresque interdite au claustro, qui construit tout par assemblage de thèmes caricaturaux. C’est évidemment souhaité, et derrière le bubble-gum des claviers émerge finalement l’angoisse, la course-poursuite, les drive-in en rose et bleu. Deux heures de road movie calé en cinquième. Un trip qui joue les gros bras, qui prend Stephen King pour rejouer les pièces de Jean-Michel Jarre, qui fout Tangerine Dream aux travaux forcés, histoire de recomposer l’œuvre d’un John Carpenter. Un disque à jouer la nuit, sur l’autoroute au volant d’une Viper, le pied sur l’accélérateur et la main droite sur le levier de vitesse. Faudra juste faire gaffe aux radars. Ou aux gadjis qui te poursuivent pour te faire la peau, c’est selon.