Super Extra Gravity

The Cardigans

Stockholm Records  |  2005
note : 7
7 / 10
par Popop  |  le 21 février 2005

Les Cardigans sont de grands brouilleurs de pistes. De la pop easy-listening des débuts, stigmatisée par le matraquage du titre "Lovefool" et son utilisation dans le Romeo & Juliette de Baz Luhrmann, jusqu’à la tentative de métamorphose électro-rock de Gran Turismo, les Suédois, à l’instar de la chanteuse Nina Persson et de ses changements de coupes et de colorations, aiment jouer avec leur image et leur son quitte à déstabiliser leurs fans. Dernière transformation en date, celle plus discrète opérée sur Long Gone Before Daylight, a vu le groupe basculer du côté obscur de la pop sérieuse et publier pourtant son meilleur album, gorgé de morceaux irrésistibles et de classiques instantanés.

Sans doute conscient du potentiel du filon, le quintet a opté pour une piqûre de rappel sans surprises avec ce Super Extra Gravity qui reprend là où son prédécesseur s’était arrêté, en rajoutant néanmoins une touche de glamour à l’ensemble pour booster la promotion et éviter la déconvenue de 2003 (tournée européenne en partie annulée, passage radio quasi-nul en dehors de quelques pays scandinaves…). D’où la paire de gambettes affichée par Nina, très mannequin désarticulé pour sa première pochette solo depuis Life en 1996. Autre signe qui ne trompe pas, le retour derrière les manettes de Tore Johansson, producteur de Gran Turismo, sonne comme une tentative de réitérer le carton de "My Favourite Game". Pourtant, en dehors du premier single au titre à rallonge "I Need Some Fine Wine And You, You Need To Be Nicer" (oui, les Suédois ont beaucoup d’humour), nulle trace ici d’un potentiel jackpot radiophonique.

A la recherche depuis quelques années déjà d’un public plus mature et qui ne réclamerait pas à tort et à travers les ignominies mielleuses du passé (combien de fois le groupe s’est-il forcé à jouer à contre-cœur "Lovefool" en concert ?), les Cardigans ont finalement choisi la facilité, alternant sagement ballades amères (l’exquis "Don’t Blame Your Daughters (Diamonds)" qui n’aurait pas dépareillé sur le projet solo de Nina Persson, A Camp) et excursions tantôt rock ("Losing A Friend") tantôt folk ("Good Morning Joan"). Pas de quoi crier au génie donc, surtout que la production sans relief n’aide pas franchement à élever l’ensemble, mais un disque solide d’un groupe franchement sympathique. Dommage néanmoins que le plan marketing n’ait pas été prêt il y a 2 ans, l'album à défendre était alors d’un tout autre calibre…