Space Zone

Young Smoke

Planet Mu  |  2012
7 / 10
par Simon  |  le 24 octobre 2012

C’est une rengaine qu’on commence à connaître par cœur: à intervalles réguliers sort sur Planet Mu un disque de footwork dont le créateur est un noir-américain précoce, qui nous vient de Chicago et qui à un blaze à la con. Le dernier en date, c’est Young Smoke, dix-huit balais et une jeunesse passée à squatter les halls omnisports où se déroulent les meilleurs battles de son quartier. Et comme se présenter au monde dans la scène juke/footwork s’apparente à une profession de foi, c’est en tant que membre officiel du crew Flight Muzik – mené par l’indispensable Dj Diamond – que le jeune Ricain justifie ses faits d’armes, présents et à venir. De quoi faire valoir un curriculum vitae idéal, ce qui est devenu un standard minimum pour certains et qui nous fait entrevoir Space Zone comme un passage obligatoire, ne serait-ce que pour l’anecdote culturelle – et dieu sait si on aime cette musique.

Ecouter un disque de footwork étiqueté Planet Mu a ceci de savoureux qu’à chaque fois, et on insiste sur la permanence de ce phénomène, on tombe sur quelque chose d’extrêmement classique et de totalement personnel. Car le footwork, c’est d’abord et avant tout un amour sans limite pour les codes, pour la structure formelle que doit prendre une vignette du genre: les lignes de basses en suspension, les micro-percussions à 160 BPM et les refrains ghetto-tech/r’n’b samplés et servis ad nauseam.

Cette obsession, on finit par la prendre comme un TOC attendrissant, elle se rappelle à notre bon souvenir dès les quinze premières secondes du disque. Comme regarder un film « de genre », comme une contrainte qui définit tout le reste. Tout cela sert à merveille la cohérence du genre, et ravira tous ceux qui aiment leur musique essentiellement définie par des labels, des familles, des régions du globe. Des entités fortes qui se définissent par clans. Le sectarisme heureux, qui s’adopte par une sorte d’abandon de l’individu sur la musique.

Et puis il y a cette puissance de l’instant, cette donnée sociale indéfinissable et inévitable, que beaucoup vulgarisent autour de l’« âge d’or ». Cette expression malhabile, qui distingue le journaleux de base du véritable amoureux, recouvre ce moment où se cristallise toute la perfection d’un genre, l’expression la plus pure de la création musicale. Cette époque est magique car elle transforme toutes les tentatives en réussites totales, toutes les formes d’expression en giclées d’instinct. L’âge d’or, c’est l’urgence, rien de plus. L’absence de calcul sur une courte période, l’avancée à coups de génie, quel que soit le chemin emprunté. L’âge d’or, c’est finalement ce moment crucial où se mêle l’amour du code et la liberté créatrice toute puissante. Et si, comme Young Smoke, vous sortez votre disque dans ce vortex mal expliqué, vous aurez le droit d’habiller votre footwork de 8-bit, de claviers manga ou d’envolées couleur donuts. Et vous vous en tirerez toujours avec un disque de référence.

Il est jeune, traîne au sein d’un cercle où règne l’innocence des premiers jours, et il vous fera groover la nuque sans qu’il n’y ait de place pour d’autres forme de critiques. Space Zone est un disque qui vit son âge d’or, avec talent et irrévérence.