Skuba Sada 2

Sada Baby

Asylum Worldwide  |  2020
7 / 10
par Ludo  |  le 31 mars 2020

Fin janvier 2020, sur la chaîne YouTube de Genius, Zack Fox parlait en ces termes de Duke Deuce : « This dude has it all. Dances moves, amazing lyrics, versatility, looks like an adult baby. That’s everything that I want in a rapper ». Ces traits de personnalité, on pourrait aussi les attribuer sans trop de mal à Sada Baby, une sorte de Baby Herman qui aurait troqué le cigare contre les Percocets. Bien caché dans ses hautes contrées du Michigan, la nouvelle tête de gondole du rap de Detroit marie l’héritage musical de sa ville (un goût appuyé pour les boucles de piano notamment) et une folie qui fait plaisir à voir.

Caractérisée par ses couplets qui montent en intensité jusqu’à la perte d’haleine et de monstrueux « HUUUUUNGH » scandés à la limite de l’AVC, la musique de Sada Baby s’écoute avec un certain second degré et un tropisme certain pour les dessins animés. Car il s’agit bien ici d’exubérance et de désinhibition, le genre qui voit Steve Skuba se laisser aller torse-poil à de joyeux pas de danse et à des grimaces hilarantes (allez donc voir le clip de "Bloxk Party"). Mais attention, pas question d’avoir affaire à l’idiot du village ou à un fanatique du slapstick. Ses textes, même s’ils sont ponctués de sympathiques métaphores (du lean couleur Wario par-ci, un glock de la taille d’Andy Milonakis par-là), se montrent la plupart du temps froids et menaçants, comme si on avait affaire à un monstre déguisé en clown, façon Guwop quand il était encore flamboyant. En d’autres mots, Sada Baby est un Goonew inversé qui aurait troqué les chuchotements contre de puissantes engueulades.

Assoiffé de reconnaissance et de succès, Sada Baby, qui a sagement posté sa mixtape Brolik le premier jour de l’an, a annoncé vouloir sortir son premier album cette année avec quelques belles promesses de feats (Syd du groupe The Internet, Lil Yachty et Swae Lee, avec en bonus quelques morceaux en hommage à feu Kobe Bryant). Avant cela, toujours dans l’optique de goinfrer son public pourri gâté avec un maximum de contenu (de qualité, soit dit en passant), le rappeur à la même barbe que James Harden vient de rassembler avec une grande générosité les quelques morceaux disséminés ici et là sur YouTube . La compilation rapidement bricolée est d’ailleurs facilement disponible en stream - contrairement à Brolik qui était uniquement trouvable sur Datpiff, la flemme de tout clearer certainement.

Cette fois-ci le souci du détail semble avoir été poussé un peu plus loin puisqu’on y retrouve dès le premier morceau un sample du « Get Down On It » de Kool & The Gang. S’en suit une galette composée de 11 titres assez solides. Mentionnons le très bon « Outside » où un Casada Aaron Sorrell laisse couler son grimage pour nous révéler une âme beaucoup plus craintive et angoissée qu’il n’y parait. Chassez le naturel, il revient au galop, comme sur l’écusson des Pistons.