Silver Threats

The Black Box Revelation

T For Tunes  |  2010
8 / 10
par Gwen  |  le 20 février 2010

Noir, c’est noir, comme chantait l’autre avant de se décolorer les mèches et de se retrouver dans une chaise roulante californienne. Black Crowes, Black Keys, Black Rebel Motorcycle Club, Black Angels. Dans la grande famille du rock’n’roll qui crache ses poumons nicotineux, je demande les loulous teigneux du plat pays. Jan (Paternoster) et Dries (Van Dijk) possèdent quelques atouts pour réussir leur carrière de trompe-la-mort: ils sont jeunes, ils maîtrisent une base bruyante (une guitare, une batterie) et affichent des petites gueules qui exhortent au roulage de pelle ou à la gifle cinglante. Ou les deux en alternance. Pour le fun.

Côté premier effort, leur album Set Your Head On Fire marinait déjà pas mal dans les hurlements sauvages. Côté studio, ce nouveau Silver Threats a eu l’honneur d’être baptisé dans le respectable studio Konk, l’antre de Ray Davies des Kinks. Côté scène, ils ont déjà pu se confronter à de plus gros gibiers qu’eux en tournant en compagnie de Ghinzu, dEUS et surtout, The Eagles Of The Death Metal qui leurs ont probablement imposé un sacré bizutage. Voilà pour le carnet de vaccination.

Le plaisir du garage rock se distingue par quelques crasseux impératifs. Il faut que ça suinte à travers le cuir, que ça grésille dans les impasses et que les morceaux ne se prolongent pas au-delà de 3 minutes. Passé ce délai, on risque les saignements de nez.  Si vous le pouvez, n’oubliez pas d’introduire les mots “devil”, “wild” et “sex”.  Les filles se sentiront alors mystérieusement concernées. Soignez également votre tonalité de chat de gouttière. Si vous pouvez atteindre directement vos cordes vocales avec une râpe à fromage, la douleur en vaut la peine.

Alors, oui, The Black Box Revelation ne cherche pas à torturer les codes. Et finalement, on s’en fout. Ils essuient tout de même suffisamment leurs talons vaseux sur le tapis persan. Parce que Silver Threats est généreux et sincère. Parce qu’on y exhume la frénésie adolescente et la sage intensité du blues. Parce qu’on y puise une vitalité brûlante et nécessaire. Parce qu’on a beau chercher, ces deux-là ne semblent pas dissimuler une étiquette neuve sous leur denim vieilli. Parce qu’à elle seule, la sublime balade de bagnards “Our Town Has Changed For Years Now” démontre que ceux-là font partie des héritiers et non des imposteurs.