Silk For The Starving

The Lounge Society

Speedy Wunderground  |  2021
7 / 10
par Jeff  |  le 24 juin 2021

Quelques secondes. C’est le temps dont nous avons besoin pour nous retrouver en terrain connu, celui où sont implantés les studios de Dan Carey et de son label Speedy Wunderground. On vous le dit assez souvent : le bonhomme fait la pluie et le beau temps sur le rock anglais à guitares depuis un temps maintenant, mais cette année 2022 aura été une forme de consécration pour le producteur, dont tous les poulains sont parvenus à transformer l’essai : les derniers efforts de black midi, Squid et Black Country New Road sont de retentissantes réussites, et leur succès doit beaucoup à Dan Carey et à sa vision du rock – urgent, rutilant, sans chichis.

Cette formule, le Londonien l’applique à tous les groupes qui passent dans ses studios, et semble la perfectionner à chaque sortie qui passe. En ce sens, The Lounge Society débarque sur Speedy Wunderground moins pour affirmer son identité que pour se couler dans un moule. Le groupe aime visiblement The Fall, le Gun Club, Television et Sonic Youth, et ça tombe plutôt bien car Dan Carey aussi. Dans ce diagramme de Venn à deux ensembles, la zone où les influences de The Lounge Society et la vision de Dan Carey se superposent est importante, ce qui nous donne un EP qui ressemble plus à une jolie carte de visite qu’à une réelle surprise – comme put l’être le Town Centre EP de Squid sur Speedy Wunderground en son temps, par exemple.

Quatre titres pour douze minutes seulement, c’est bien trop peu pour juger de la capacité du groupe à capter notre attention sur la totalité d’un album, mais on ne va pas aller trop vite en besogne avec ces jeunes gars tout droit sortis de leur vert Yorkshire, et plutôt se concentrer sur tout ce qui fonctionne sur Silk For The Starving : l’énergie folle déployée par le groupe d’abord, qui est certainement la trace la plus visible du travail de Dan Carey, passé maître dans l’art de faire un maximum de vacarme avec un minimum de moyens – écoutez « Cain’s Heresy », vous comprendrez. Mais c’est aussi dans son attitude « jeanfoutre-mais-pas-trop » que l’on trouve un autre motif de satisfaction, comme dans les textes piquants et engagés du chanteur Cameron Davey (« Television »).

Si The Lounge Society était apparu sur nos radars en 2018, quand des formations comme Shame ou Fontaines D.C. commençaient à monter en puissance, il y a fort à parier qu’on aurait hurlé à la next big thing. Mais nous sommes en 2021, et des groupes qui se revendiquent du post-punk, cela court désormais les rues et encombre les programmations de nos salles de concert préférées. Aussi, notre niveau d’exigence a augmenté, comme notre capacité à pouvoir digérer tous ces nouveaux groupes et la difficulté qu’ils rencontrent à se faire une place dans nos playlists. Mais à la question de savoir si ces jeunes gars sont dignes de votre intérêt, soyez rassurés : la réponse est oui.

Le goût des autres :