Sensory

Joel Mull

Truesoul  |  2011
7 / 10
par Simon  |  le 15 mars 2011

Les amateurs de techno connaissent toute la valeur d'un homme comme Joel Mull. Incarnant avec force tout le talent de la scène nordique, le Suédois est sur tous les fronts depuis quinze ans. Joel Mull est un message subliminal, il est partout – à l'instar de Joseph Capriati, Samuel L Session ou Alex Under - inévitable dans toute sélection techno qui se respecte Il est d'ailleurs assez étrange de voir que malgré une cinquantaine d'EP et deux albums, son nom ne soit pas plus loué ailleurs que dans les cercles de connaisseurs. Pourtant cet homme n'est ni plus ni moins que le fils spirituel d'Adam Beyer, avec qui il partage une complicité au quotidien. Pas étonnant donc de voir Sensory sortir sur Truesoul, label-soeur de Drumcode, écurie créée par Adam Beyer lui-même. Au delà de leur amitié, un parallèle évident peut être souligné entre les deux hommes : celui du goût immodéré pour une techno riche, rigide et extrêmement bien produite.

Il n' y a pas grand chose à expliquer sur la techno de Joel Mull sinon qu'elle est impeccable, et surtout qu'elle s'adapte de manière étonnante au long format. Le Suédois n'est pas le genre d'homme s'embarrasser d'un quelconque contexte : si on doit y trouver de la passion, c'est dans le cœur même des tracks qu'on ira la chercher, et nul part ailleurs. Et pourtant ce Sensory ne sonne pas exactement comme une simple enfilade de EP, il possède une âme véritable. Ce constat d'entre-deux est sûrement du au mode de composition du sieur Mull. En effet, les onze morceaux du disque possèdent une colonne vertébrale solide, minimale et puissante, tout en s'autorisant des incursions mélodiques pertinentes (voir le très beau « Sunday2Sunday »). Comme d'habitude avec cette race de producteurs, la rigidité du groove 4/4 en impose grave et est directement taillée pour la transe en club (il suffit d'écouter « Keep On » pour s'en convaincre); mais Joel Mull se refuse à tomber dans le plan des tracks uniquement fonctionnelles. Cela donne une œuvre solide, intraitable, et pourtant aisément adoptable dans un contexte domestique.

Et puis surtout Joel Mull ne calcule pas, il donne. Si ses tracks se succèdent sans aucune prétention, elles en imposent par leur présence. Il n'y a pas de tricheries ici, pas d'effet de manche ni de gros plan promo : le Suédois fait de la techno pour les amateurs de techno. Il est donc fort probable que, une fois de plus, la presse ne s'étende pas sur le nouveau disque du prodige nordique. Sensory serait donc un disque destiné à subir un anonymat injustifié hors des cercles d'initiés? Certainement. Mais qu'importe finalement, on laissera à la presse tapageuse tous les nouveaux producteurs-phénomènes pour mieux se concentrer et parler de ce Joel Mull comme de l'enfant terrible qu'il est. Pas de chi-chi, tu te le prend dans la face ou tu passes ton tour. Une musique de guerrier.