Project Blue Beam

Freeze Corleone

M.M.S Records  |  2018
7 / 10
par Bastien  |  le 10 décembre 2018

Selon une étude l’Ifop et l’observatoire Conspiracy Watch, 79% des Français croient à au moins une des grandes théories du complot. C’est dans ce monde inquiétant dirigé par le groupe Bilderberg et les hommes lézards, les pieds bien ancrés sur une terre plate comme une Margherita et la tête dans les chemtrails, que Freeze Corleone a choisi de broder ses rimes opaques. Depuis sa percée avec la tape F.D.T, le rejeton des Lilas nous a habitués à d’étranges mantras et des lyrics ésotériques. Un univers à la marge donc, qui emprunte pourtant pleinement les codes de la culture populaire et les prod' vaporeuses en cours dans la République du Trapistan. Tout cela fait de notre Freeze Corleone un objet difficile à classer. Après plusieurs tapes cantonnées aux internets et aux recoins sombres du darkweb, Project Blue Beame - la première sortie physique de Chen Zen - sonne comme un premier vrai test d’envergure.

Dès l’intro, et sans dévoiler l’ensemble des punchlines lourdes « comme 3 planètes », on se régale déjà de ce summum d’illluminatisme : «J'fume que d'la frappe comme le maire de Tanger. Bellek, j'suis dans l'complot comme le maire de Angers ». Cette brève mise en bouche donne le ton de l’album, à mi-chemin entre punchlines fulgurantes et références tordues. Tel N’Golo Kanté et ses 14 poumons, notre emcee va s’évertuer à occuper pleinement l’espace qui lui est dévolu au cours de 40 minutes pleines d’intensité. L’écriture de Freeze Corleone ne semble souffrir d’aucune baisse de régime : tout est habilement placé, sans faille et calculé pour faire strike. 

Souvent d’une extrême complexité sur la forme, le fond du propos tranche par son étonnant classicisme : egotrip de haut vol, consommation abusive de stupéfiants (son amour pour le « Fentanyl »), références au ballon rond omniprésentes (« j'ai la frappe comme Roberto / Rital comme Fabio, Galsén comme Sadio ») ainsi qu’aux mangas (son blaze, Prof Chen comme dans Pokémon, ou encore « Négro, j'suis avec Ryuk en train d'le jam Pendant qu'j'écris leurs blases dans le carnet », en référence à Death Note), sans oublier la pluie de dédicaces (les fameux S/O). À ce titre, Project Blue Beam se détache peu des projets précédents dans cette manière d’empiler les références pour donner le cadavre exquis rapologique. Ce premier album va simplement plus loin et plus fort dans cette façon d’étouffer l’auditeur avec des montagnes d’images. Freeze Corleone, le boa constrictor du rap jeu. L’atmosphère pesante des productions offre alors une merveilleuse toile de fond pour que vienne planer l’ombre menaçante de la planète Nibiru.

Underground dans son sens le plus noble du terme, il y a peu de chances de voir notre Freeze Corleone casser les charts et la démarche comme Vegedream. Freeze Corleone est simplement en train de devenir l’étoile noire du rap français.

Le goût des autres :