Portal

Vril

Delsin  |  2015
8 / 10
par Bastien  |  le 19 février 2015

Au sein de la scène techno, le concept d’album a toujours été un gage de sérieux et de notoriété pour les producteurs qui veulent asseoir leur stature. Les EPs cantonnent trop souvent à des cercles d’auditeurs plus restreints. Entendu que, c’est davantage dans ce moule qu’apparaissent les nouvelles têtes, les pépites musicales et que bat le pouls de la scène. L’album n’est pas dénué d'avantages puisqu’il permet d’offrir du contenu beaucoup plus narratif, plus profond, voire une véritable plongée dans les abysses. Malheureusement, l’exercice s’engonce de plus en plus dans du pur formalisme, voire dans un académisme morbide. Au lieu d’exploiter ce format pour donner plus de sens et d’épaisseur à la musique, il l’affaiblit, en émousse le tranchant et vide la techno de sa substance. Disons-le entre nous, beaucoup d’albums sont aussi beaux que chiants. Ce diagnostic, Vril semble l’avoir très bien compris. Portal n'ira donc pas allonger la trop longue liste de tentatives infructueuses. L’auteur de l’excellent Torus fait fi des codes qui régissent normalement ce format: les longues intros ankylosantes, les plages ambient inoffensives, les structures interminables, voire carrément alambiquées. 

Ainsi, tel un Stéphane Diagana de la grande époque, Portal va éviter un à un ces obstacles. Vril se déleste de ces lourdeurs pour offrir un album franc du collier et direct comme une levrette d’ouvrier. 8 morceaux d’une techno abrasive, quasiment squelettique, ne donnant jamais dans l’effet de manche. Avec des structures mélodiques très rigides, on flirte avec le fameux « dj tool », sans jamais véritablement tomber dans les travers de ce format - on pense ici au Framework de Mike Dehnert sorti également sur Delsin et qu’on vous recommande. Et si cet enchaînement peu paraître aussi effrayant que de manger une choucroute puis un cassoulet, n’ayez aucune crainte pour votre transit, l’album s’enquille sans broncher. L’ennui n’a pas sa place, encore moins la demi-mesure. Vril préfère entraîner l’auditeur vers les hauteurs des sphères techno pour lui offrir une belle course de crêtes. Bref, enfilez vos crampons et sortez vos piolets, on vous assure que vous ne serez pas déçus par la ballade.

Ce que Portal perd du point de vue de la narration, il le gagne en vélocité et en force de frappe. Mieux encore, Vril pose le premier vrai jalon techno de l’année 2015. Et si on ne doute pas que ce disque fera figure d'incontournable pour les aficionados du genre, cet album pourrait surtout être un tournant pour le mystérieux producteur auprès des masses. De notre côté, Portal renforce encore un peu plus l’admiration que l’on portait à l’Allemand depuis l’EP Vortekz. La productivité et la richesse déployées sur deux albums différents ne peuvent que forcer le respect et propulser le Teuton dans la catégorie des ducs de la techno actuelle.

Le goût des autres :