Paradise

Hamza

Just Woke Up  |  2019
8 / 10
par Yoofat  |  le 19 mars 2019

Depuis qu'on le connaît, Hamza n'a eu de cesse de produire des contenus divertissants, rebondissants, suaves et exotiques. Tant inspirée de 50 Cent et de Usher que de Aidonia et Rihanna, sa musique a considérablement évolué dans cette deuxième moitié de décennie et les éloges pleuvent à présent sur lui comme les gouttes du clip "Cry Me a River" sur Justin Timberlake

Véritable manifeste hédoniste du 21ème siècle, sa discographie souffrait néanmoins d'un côté parfois brouillon et était jonchée d'expérimentations parfois malheureuses. Paradise, son premier véritable album, cherche à gagner en cohérence en synthétisant le Hamza qui s'est infiltré dans nos foyers à l'occasion de nos ébats les plus intimes et celui qui a participé à nos moments de liesse lors de nos soirées un tantinet élitistes.

Raconter sa lumière et ses ténèbres, son Paradis et son Enfer, est sans nul doute la façon la plus évidente de s'assurer un fil rouge compréhensible de tous. Cette dualité d'une triste banalité peut être traitée de manière fascinante, à l'instar du Kanye West de 2007 comme de manière affligeante de morosité et de paresse intellectuelle, à l'instar du Eminem de 2010. Sans pour autant atteindre le brio du Yeezy de Graduation (parce que c'est impossible), Hamza parvient à densifier son univers, où Henessey, bouffées de shit, pulsions meurtrières et filles faciles cohabitent avec une vision des relations humaines (plus particulièrement amoureuses) quasiment romantique. 

Paradise répond mieux que n'importe quel autre de ses projets à la question "qui est Hamza ?". Toutes les raisons pour lesquels le SauceGod est devenu un véritable phénomène de la chanson francophone sont présentes sur cet album, à commencer par cette science du banger qui l'avait mis sur la carte à la sortie de H-24. Chevauchant toujours un R&B très teinté de rap (ou l'inverse), Hamza a toujours cet incroyable groove lorsqu'il laisse un peu le chant de côté et concocte des bangers à sa sauce (no pun intended). "HS" avec le bouillant SCH et surtout "Meilleur" en sont de parfaits exemples. 

"J'envie rien aux Anges si le Diable a des ailes ". Les Anges ne proposent pas la même désinhibition, les mêmes déhanchés ou les mêmes égarements bénéfiques à la créativité du Bruxellois. Ces bonnes petites choses du quotidien deviennent nocives quand elles rentrent dans la vie privée du Hamza amoureux et troublent ses sensations sur "Dale x Love Therapy" avec Aya Nakamura.... Elles lui permettent néanmoins de briller sur un morceau en deux parties, à l'image du clip "Work" entre Rihanna et Drake, nécessairement une inspiration pour le natif de Laeken. C'est d'ailleurs sur ces ballades caribéennes que Hamza fait tomber le masque et dévoile toute sa sensibilité, animé par l'amour de sa chère et tendre et des pas de danse qu'elle inspire en lui. Qu'elle soit rayonnante ou lugubre, la danse sera toujours le moteur de la musique de Hamza.

Hormis "50x" et "Galerie", les productions de Paradise sont plus ou moins des réadaptations des plus belles trouvailles de ses précédentes mixtapes, oscillant entre Zombie Life et ses recherches électroniques, Santa Sauce et sa fraîche nostalgie ou New Casanova et son dancehall chaleureux. L'outro intitulé "Minuit 13" est quant à lui une réunion d'esthètes dans lequel Hamza raconte ses blessures les plus profondes afin de porter son message le plus franc. L'homme devient un instrument qui personnifie, sans doute mieux que les bons mots d'Oxmo Puccino, toute la complexité d'un jeune homme né dans les années 90 et visant le soleil malgré une passion dévorante pour les lumières du sous-sol.