Paradigmes

La Femme

Disque pointu  |  2021
7 / 10
par Camille  |  le 13 avril 2021

Avec Psycho Tropical Berlin d'abord, et Mystère ensuite, La Femme avait posé un niveau assez élevé dans la maîtrise d’un genre qu’on aime détester : le rock français – psyché, de surcroît. En quelques années, le groupe s’est imposé sur cette scène francophone (et au-delà) dans un ton toujours plus surprenant. Les mots employés sont parfois crus, mais toujours vrais, et La Femme s'exprime sans pudeur sur un lot de thématiques peu étrangères à nos vécus.

À la conquête de l’Amérique et des genres musicaux, Paradigmes est l’album dont on a besoin pour décompresser un bon coup dans notre salon après un an à y être enfermé·e·s. C’est un peu un Las Vegas Parano ; on ne sait pas trop dans quoi on s’embarque, mais on sent que ça va nous emmener loin. Et « Paradigmes » commence en fanfare avec des paroles d’une tristesse absolue sur une musique qui fait pourtant danser : à la ramasse sur l’autoroute de la vie, on s’oublie dans les vices de la nuit. 

Les prochains arrêts de ce trip qui nous fait voyager dans les mots et les maux sur une musique aux airs d’une Nouvelle Vague mélancolique et poétique sont « Cool Colorado », « Nouvelle Orléans » ou encore « Pasadena ». On s’arrête dans cette dernière à l’époque ingrate des amours adolescentes, dans un dialogue à deux vitesses, puis on embarque allègrement pour un « Lâcher de chevaux » cowboyesque qui n’est pas sans nous rappeler un certain Enio Morricone.  On a parfois du mal à trouver un fil rouge dans cet album, si ce n’est la folie, la passion et surtout l’humour ; et le cocktail détonnant semble parfaitement canalisé dans le central « Disconnexion » où, on l’avoue, on a peut-être un peu profité de la poudreuse de Raoul Duke en regardant la vidéo qu’ils ont faite pour l’occasion. 

Et comme si la langue française décomplexée (« Le sang de mon prochain ») ne suffisait pas à épancher la soif de découvertes des Français, leur lyrisme s’étend sans mauvaises rimes à l’anglais ou encore l’espagnol. « Foreigner » nous emmène en voyage dans un cœur tourmenté, et du titre « Le jardin » émane une phrase qui reflète sans doute un peu la philosophie de ce disque : « N’ayez pas peur de la vie ou de la folie, car nous sommes tous fous ».  Subterfuge ou pas, ces deux derniers morceaux sont ceux qui attirent le plus notre attention dans une deuxième partie d'album qui semble avoir un peu plus de peine à tourner, en cause un enchaînement de morceaux auquel on a du mal à accrocher (« Force et respect », « Divine créature », « Mon ami »). Mais tout le génie de la Femme réside dans le choix de la place finale pour le titre « Tu t’en lasses », qui n’est très certainement pas hasardeux.

Sur ces airs rafraîchissants d’électro et de poésie, le printemps peut enfin bourgeonner et on s'en va « Foutre le bordel » (sacré clin d'œil à Plastic Bertrand) en s’écrasant quelques canettes dans un parc que la maréchaussée ne tardera pas à vider de ses occupants forcément trop remuants. 

Le goût des autres :