Panorama

La Dispute

Epitaph Records  |  2019
8 / 10
par Alex  |  le 22 mars 2019

Cinq années après un formidable Rooms Of The House, La Dispute poursuit ses pérégrinations avec Panorama, le quatrième album du groupe post-hardcore mais le premier pour Epitaph Records. En 10 ans de travail acharné, les Américains ont su élargir leur palette et proposer des œuvres ambitieuses, avec une certaine propension à concevoir chaque album comme un recueil de fiction. En ce sens et bien qu'ils s'en défendront, ce nouveau disque produit par le groupe conjointement avec le très hypé Will Yip (Code Orange, Nothing, Quicksand) ne s’écarte que très peu de la ligne de conduite de son prédécesseur. Mais qui s’en plaindra vraiment tant l’alchimie semble à nouveau illuminer cette nouvelle livraison.

Le fil rouge de Panorama se concentre sur cette route que Jordan Dreyer et sa partenaire parcourent entre leurs domiciles respectifs de Grand Rapids et Lowell, dans le Michigan. Les décès et tragédies qui parsèment les kilomètres du trajet sont autant d’occasions pour le chanteur de raconter des tranches de vie et de porter une réflexion sur les relations hommes / femmes. Entre spoken word poignant et rage contenue, le registre vocal de Jordan Dreyer ne s’est jamais vraiment positionné pour mieux moduler au mieux les émotions et c’est à nouveau le phrasé unique de son leader qui capte toute notre attention. En conséquence, chaque instrument, chaque mélodie semble entièrement au service du narrateur, dans une dynamique désormais solidement installée dans l'esprit du groupe et de ses fans. La qualité étant encore une fois au rendez-vous, il est difficile de ne pas se faire happer par cette poésie inhérente à l’univers de La Dispute et par ce pouvoir évocateur qui met constamment notre imagination à contribution. 

Il y a déjà plusieurs années que le groupe a tempéré ses colères pour se diriger vers des choses plus délicates, plus finement ciselées. Pour autant, les Américains sont encore capables de hausser le ton quand cela se révèle nécessaire. Au travers des questionnements et des nombreuses sensations qui affleurent au gré de ces 11 titres, c'est aussi l’abolition des frontières musicales qui se joue, le groupe empruntant autant aux atmosphères contemplatives du post-rock qu’à l’urgence du screamo pour avancer au mieux ses pions. À la fois captivant et homogène dans ses choix, La Dispute parvient à insuffler de la tendresse et de la tension dans ces 11 titres, sans tomber dans les clichés ou le pathos de bas étage. Grâce, puissance et mélancolie sont autant de qualificatifs que nous évoque ce Panorama qui aurait pu être l'affaire d'un groupe trop sûr de lui, endormi par sa position dominante sur la scène post-hardcore. Il n'en est heureusement rien.