Or Noir

Kaaris

AZ/Universal Music  |  2013
8 / 10
par Simon  |  le 27 novembre 2013

Rooooh Clique! Une paraphrase à mi-chemin entre Booba et Morsay, témoin véritable d’un rap que beaucoup voudraient définitivement ranger au rayon des infréquentables. Parce ce rap-là est clairement infréquentable, de la première à la dernière mesure. Mais il est génialement infréquentable. Plus qu’un rappeur, Kaaris est une carrure, une histoire. Un truc qui prend de la place et qui devient vite ingérable. Le parcours singulier d’un nobody sevranais devenu aujourd’hui le protégé de Booba (vu sur « Criminelle League » et ensuite sur « Kalaash »), et bien plus. Une story à la Gladiator, celle de l’esclave qui finit par défier l’empereur. Puis Kaaris, c’est l’absolue nécessité d’être incontournable, de plaire avec de l’ultra-violence et un phrasé qui scie des bûches. Infréquentable, ingérable, incontournable. Le mystère Kaaris tient en ces trois adjectifs.

Or Noir est un produit massif à souhait, une version racailleuse de Booba, qui remplace les aspects « homme d’affaire/gangster gentleman » par de la cruauté sans limite, par de la fascination pour le sexe anal, par de la punchline qui se situe au-dessous du béton. Un premier disque extrêmement mature dans sa manière de fracasser l’industrie, d’envoyer du son par camion – il est bien aidé pour cela par Therapy, Lex Luger à la française qui fait un taf incroyable, partout et tout le temps – et de casser le rap sous une pluie de rochers. Un disque long, lourd et sans temps mort qui montre un emcee en pleine bourre, assoiffé d’argent et de succès, qui regorge de phases géniales et qui continuera de faire son business avant de le quitter sur un succès. Car ici il n’est pas question de rap pour l’amour du rap. Ici le rap est un moyen, pas une fin. Plus proche d’un Rick Ross que d’un Oxmo Puccino (ce qui est un bien, par les temps qui courent), Kaaris est l’avatar extrême d’un genre qui a muté chaque fois pour mieux générer, pour mieux racailler. Pour mieux s’exprimer.

A mort la vertu ! scandait Mc Tyer dans son « 93 Hardcore »: le cri d’une génération déglinguée et incontournable, celle qu’on ne veut pas voir, celle qui fait tache dans le tableau de la grande République de France. Pourtant c’est ce rap qui est le vrai grand témoin de sa jeunesse, au-delà de tous les consensualismes, un témoin qui dérange parce que son passage fait mal au cul, renvoie à la gueule des bourgeois une réalité puante, fait d’apologie de l’ignoble, d’argent gagné facilement et de pratiques contraires à toute bonne morale. Cette réalité, Français, c’est la vôtre, et écouter Yannick Noah n’y changera rien. Une musique qui résonne comme un crime froid, sincère et dépourvu de tout sens de l’honneur. Le message – le vrai, celui pris pour lui-même et qui existe au-delà des éventuels débats sur le relativisme moral – est intact, pur et génialement mis en boîte. Plus que dans n’importe quelle démarche prout-prout d’anciens ou de nouveaux crews bienpensants. Et pour ceux qui ont eu la facilité d’être outrés, rassurez-vous, une fois que Karris aura pris assez de billets il partira, comme il est venu. De nulle part. J’suis côté comme l’or noir, ça vous les brise/J’prends l’biff et j’me casse, j’vous dis même pas au revoir, je vous méprise.

Le goût des autres :