Ones And Sixes

Low

Sub Pop  |  2015
8 / 10
par Maxime  |  le 10 septembre 2015

Certains groupes ont leurs saisons, leurs périodes à eux. Ce n'est pas qu'on ne peut pas les aimer en tout temps, mais simplement que leur musique prend plus de sens, plus d'ampleur à certains moments. Les Chromatics par exemple, composent la bande originale parfaite des chaudes nuits d'été. Hood par contraste est un groupe de toute fin d'année, de journées déclinantes et pluvieuses. J'aime ces deux formations (entre autres) pour ça, comme j'aime Low dont les morceaux lents accompagnent parfaitement les jours de septembre retenant l'été finissant. La sortie de One and Sixes tombe donc à point nommé pour venir compléter les écoutes habituelles de The Great Destroyer ou de de Things We Lost in Fire

Ce nouvel album ne révolutionne pas la musique de Low, et c'est tant mieux tant le groupe s'est construit depuis le mitan des nineties un univers à part et dont il est toujours aujourd'hui le seul tenant : tempos ralentis, accords étirés au maximum, et surtout les deux voix d'Alan Sparhawk et de Mimi Parker qui se répondent, s'entremêlent, prenant le dessus l'une sur l'autre au gré des pistes.

Cette homogénéité n'est pas pour autant uniformité, chaque nouveau disque comptant ses singularités et ses aspérités. Dans une œuvre ou tout est lenteur, chaque détail compte, chaque changement marque. Ainsi les guitares légèrement plus colériques de The Great Destroyer, ainsi les grésillements électroniques un chouïa plus sombres de Drums and Guns, ainsi les riffs un peu plus orageux de ce Ones And Sixes, qui rapidement se présente comme un grand disque de Low, alors que le précédent (Invisible Way) était plutôt à classer dans les opus mineurs de la formation. On retient également le magnifique travail de production sur cet album, mélangeant avec brio textures synthétiques et organiques, on devine que la délocalisation de son enregistrement dans le studio de Bon Iver y est pour quelque chose.

C'est quand ils sont les moins joyeux que les natifs du Minnesota sont les plus pertinents (même si soit dit en passant ils sont rarement en mode festif), et de facto cette cinquième sortie consécutive sur Sub Pop est peut-être la meilleure pour ce label, tutoyant même leurs sommets plus anciens que sont l'inaugural I Could Live In Hope et le séminal Trust. La principale force de Ones And Sixes est sa montée en puissance, qui débute avec des titres déjà solides ("No Comprende", "No End") et déroule une tension qui suit une courbe ascendante pour finir sur un dernier tiers dont on ne se lasse pas. "Kid in the Corner", "Lies", "Landslide" et "DJ" composent ainsi un enchaînement parfait et une bande son idéale de ces journées qui raccourcissent, de cette morosité qui revient et qu'on essaie de tenir en vain à distance, de cette année de plus qui décline sans trompette ni tambour. J'essaie de retenir le temps, et j'écoute Low.

Le goût des autres :